BERNIE WRIGHTSON Le départ d’un géant des comics

C’est par un message touchant distribué sur les réseaux hier par son épouse Liz que la nouvelle est tombée : “C`est avec une grande tristesse que je dois annoncer le décès de mon époux bien-aimé, Bernie.
Nous vous remercions pour toutes les années d`amour et de soutien.” Bernie Wrightson, qui préférait signer Berni pour ne pas être confondu avec le nageur olympique Bernie Wrightson, était né Baltimore le 27 octobre 1948.
Malade depuis plusieurs années, une tumeur au cerveau, il avait, deux mois auparavant, fait passer ce message : “Je ne pourrai plus venir dessiner pour vous dans les conventions”.
C’est précisément à celle de New York, en 1968 que, jeune autodidacte de vingt ans n’ayant pris que quelques cours par correspondance à la Famous Artists School, il peut rencontrer ses idoles, Frank Frazetta, Jeff Jones, Michael Kaluta, et vendre ses premiers dessins, lui qui avait commencé à travailler deux ans plus tôt comme illustrateur au Baltimore Sun.
C’est là aussi qu’il rencontre l’éditeur de DC comics Dick Giordano, qui lui permet d’entrer dans l’édition des comics par la grande porte dans le numéro 179 de La Chambre du mystère avec le récit « Nighmaster ».
Il est désormais lancé pour ces courtes histoires d’horreur ou de mystère qui seront un temps sa marque de fabrique pour House of Mystery, The Witching Hour ou encore House of Secrets, mais aussi dans les publications Marvel où il donne « King Kull » d’après Robert E.
Howard puis des récits mettant en scène Conan, Captain Marvel, Doctor Strange, ce qui l’empêchera pas, plus tard, de revenir chez DC.
pour nombre de Batman.
Mais son véritable départ, il le doit à sa rencontre avec l`écrivain Len Wein, avec qui il crée la créature de « Swamp Thing » pour DC.
Qu’il quitte en 1974 pour travailler chez Warren Publishing et ses nombreux magazines d’horreur en noir et blanc, Creepy, Eerie, Vampirella, adaptant notamment Lovecraft et Edgar Poe.
En 1975, Wrightson se joint à ses collègues Jeff Jones, Michael Kaluta et Barry Windsor-Smith pour former à Manhattan `The Studio`, où le groupe travaille en commun en dehors des contraintes commerciales dans l’affiche ou l’illustration.
Mais surtout, Wrightson a pu se lancer dans ce qui restera son grand œuvre qu’il a mis sept ans à finaliser, 50 illustrations à l`encre dans son style favori, de fines hachures, pour illustrer le Mary Shelley, « Frankenstein », qui sort en 1981, et sur lequel il reviendra trente ans plus tard dans une BD scénarisée par Steve Niles, et qui poursuit le récit là où il s’était achevé dans le roman, avec de nouvelles aventures de la créature qui a survécu.
C’est enfin, en 1982, la rencontre avec Stephen King pour Creepshow, dont il dessine l’affiche du film, adapté ensuite en comic, une collaboration qui se poursuit avec les illustrations de S »ilver Bullet », le Cycle du Loup-garou, en 1987.
Il crée aussi une nouvelle série, Captain Stern, parodie des histoires de super-héros, qu’il adapte lui-même pour un épisode du film d`animation « Heavy Metal, » ce qui lui ouvre, mais trop faiblement considérant son immense talent, les portes du cinéma où il travaille comme artiste conceptuel sur « S.O.S fantômes , The Faculty, Galaxy Quest, « Ridding the Bullet » de Mike Garris, d’après Stephen King encore, avec comme dernière participation « The Mist », de Frank Darabont.
Il écrit aussi des scénarios pour des séries mineures : 5 épisodes de «Swamp Thing» par Chuck Patton en 1991, «Justice League Action» où il fait revenir sa créature favorite, et aussi pour des films vidéo, ainsi de Batman : Arkham Knight, un méli-mélo où il partage l’affiche avec des dizaines de ses confrères, comme Gerry Conway ou Neal Adams.
Ses dernières décennies voient la création d’autres séries ou personnages encore, Alive Alive, Dead She Said, The Ghoul ou Doc Macabre tous créés avec Steve Niles, tandis que ses histoires courtes, notamment celles venues des publications Warren, sont reprises en albums anthologiques, souvent luxueux.
En France, l’œuvre de Bernie Wrightson a été largement distribuée, fut-ce dans un certain désordre.
Citons au moins l’intégrale de « Swamp Thing » (Delcourt), ses deux « Frankenstein » (chez Soleil), et une récente compilation de ses bandes de Creepy et Eerie chez Delirium.
Dire que cet artiste, l’égal de Frank Frazetta ou Richard Corben nous manquera est une litote, même s’il reste et restera toujours son œuvre, celle d’un dessinateur hors pair au trait d’une délicatesse infinie et de fulgurantes mises en espace, capable de s’adapter à tous les genres. Jean-Pierre Andrevon ...