ALIX EN DEUIL : Disparition d’un très grand de la BD, Jacques Martin (voir ci-dessous)

samedi 23 janvier 2010

 

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Il était le père d’Alix, de Lefranc et quelques autres héros de moindre importance, Arno ou Jhen. Jacques Martin, né en 1921 et décédé pendant son sommeil d’un œdème pulmonaire à l’âge de 88 ans le 21 janvier dernier, était un des trois grands de l’école belge, ou encore de la ligne claire, avec ses […]

Il était le père d’Alix, de Lefranc et quelques autres héros de moindre importance, Arno ou Jhen. Jacques Martin, né en 1921 et décédé pendant son sommeil d’un œdème pulmonaire à l’âge de 88 ans le 21 janvier dernier, était un des trois grands de l’école belge, ou encore de la ligne claire, avec ses aînés Hergé et Edgar P. Jacobs, dont il était le dernier survivant de la bande.

Martin était toujours en pleine activité, comme le savent bien les lecteurs de l’E.F. qui, dans notre page BD, pouvaient suivre avec fidélité la parution de ses albums (cf. la réédition récente du Repaire du loup, quatrième aventure de Lefranc, dessinée par le quatrième grande de la ligne claire, Bob de Moor !).
Car Martin savait s’entourer de nombreux collaborateurs, surtout depuis que, atteint par une grave dégénérescence de la macula il y a une vingtaine d’années, et devenu pratiquement aveugle, il se bornait à écrire de scénarios dessinés par d’autres, qui reproduisaient fidèlement son trait d’une absolue précision.
Entré juste après la guerre dans les studios d’Hergé, Jacques Martin débuta comme auteur complet dans le journal Tintin le 16 septembre 1948 avec Alix l’intrépide, ce jeune gaulois devenu ami de César, récit où éclatait déjà de son grand intérêt pour l’Histoire, mais aussi de son sens profond du métissage et de l’alliance des cultures évitant tout manichéisme, comme en témoigne le “couple” qu’il forme avec le jeune prince égyptien Enak dont Martin, sur le tard, ne renia nullement la possible interprétation homosexuelle. Point de vue grand spectacle, un combat de gladiateurs, de trirèmes, une course de char à la Ben-Hur, étaient au rendez-vous en technicolor…
Même si les aventures d’Alix se passent censément sous César, cela n’empêcha pas le juvénile héros de visiter la Chine, la Mésopotamie, les royaumes de Nord, grâce à de sérieux coups de canif dans la trame dont Martin ne s’inspirait que pour mieux s’en écarter, flirtant ainsi parfois avec la SF (toutes les inventions des serviteurs de Moloch dans L’île maudite), genre qu’abordera franchement le double contemporain d’Alix, le journaliste Guy Lefranc avec le péril atomique de La Grande menace ou les voyages à travers le temps de L’Apocalypse.
Martin nous laisse ainsi plus de cent albums, qui comprennent aussi ses ouvrages strictement documentaires sur les grandes civilisations antiques, ses Histoire du costume, de l’aviation, de l’automobile, témoignant de ses recherches boulimiques, ainsi que le très précieux témoignage sur son expérience du travail obligatoire en Allemagne pendant la guerre, Carnets de guerre, riches d’extraordinaires croquis à la mine grasse.
Contrairement à son mentor Hergé, avec il travailla sur plusieurs albums, dessinant les décors et trouvant des gags, et qui refusa que Tintin lui survive, Martin avait prévu de longue date la perpétuation de ses héros livrés à ses successeurs, engrangeant des dizaines de scénarios prêt à être couchés sur la planche à dessin. Jacques Martin n’est plus, mais Alix est bien vivant !