ANTHONY DANIELS

lundi 5 novembre 2007

 

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ANTHONY DANIELS, L`homme au masque d`or Anthony Daniels est entré discrètement dans l’Histoire du Cinéma, il y a 28 ans de cela, en interprétant un robot craintif et un tantinet obséquieux dans La Guerre des étoiles. L’androïde doré auquel il a donné sa gestuelle et sa voix est le premier personnage que l’on a découvert […]

ANTHONY DANIELS,
L`homme au masque d`or

Anthony Daniels est entré discrètement dans l’Histoire du Cinéma, il y a 28 ans de cela, en interprétant un robot craintif et un tantinet obséquieux dans La Guerre des étoiles. L’androïde doré auquel il a donné sa gestuelle et sa voix est le premier personnage que l’on a découvert dans l’Épisode IV sorti en 1977, et c’est également le dernier à s’exprimer dans l`ultime scène de l’Épisode III, qui marque la fin de l’aventure Star Wars à l`écran. Il était donc naturel que nous donnions la parole à ce comédien de talent, grâce auquel C-3PO s`est révélé si attachant.

Comment entrez-vous dans votre costume et dans la peau de votre personnage ?
Avant de commencer à tourner une scène, j’essaie de mobiliser toute mon énergie. Je me tiens refermé sur moi-même, le plus calmement possible, car il faut déployer beaucoup d’efforts pour évoluer avec ce costume. La concentration est très importante également car une foule de détails s`impose pour donner à C-3PO l’allure d’un robot et non celle d’un homme portant un costume. Je me repose donc longuement jusqu`au moment où je dois intervenir. C’est alors seulement que je me transforme réellement en C-3PO. Les gens m’ont souvent dit qu’ils avaient été surpris d’assister à cette “métamorphose”, de voir le personnage émerger de cette coquille vide. Pour revenir à la première partie de votre question, je commence par enfiler des collants et un justaucorps noir sur lequel sont cousus des fils au niveau des coudes et à l’arrière des genoux. Ce sont ces câbles électriques que l’on aperçoit par les ouvertures des articulations du costume. J’enfile ensuite une sorte de plastron couvert lui aussi de fils électriques, qui vient se placer autour de la taille, puis je passe aux parties rigides composées de résine et de fibres de verre : une sorte de petit short, puis la jambe gauche et la “chaussure” gauche, la jambe droite et la “chaussure” droite, que l’on fixe bien solidement. On assemble alors les parties avant et arrière de la poitrine autour de moi. J’enfile les bras, puis les “gants”. On place ensuite les deux parties du cou autour du mien et pour finir, on enferme ma tête dans celle de C-3PO, qui ressemble à un œuf de pâques en deux parties. On referme le casque en vissant un écrou au sommet de la tête et deux autres de chaque côté. Il me faut environ cinq minutes pour revêtir le costume, mais ceci fait, je suis ensuite totalement incapable de le retirer seul. Je serais complètement perdu si mon habilleuse m’abandonnait à ce moment-là. Je me retrouve dans la situation d’un chevalier portant une armure.

Quelles perceptions avez-vous, une fois revêtu de cette armure dorée ?

Je n’ai plus aucune vision périphérique. Je ne peux pas voir les gens qui se trouvent à mes côtés, mais seulement ceux qui me font face. Je n’ai donc aucun moyen d’apercevoir les obstacles latéraux, à mes pieds, ou au-dessus de moi. Ce qui peut poser des problèmes. Pendant le tournage de Revenge of the Sith, je repérais un plan très simple durant lequel je devais marcher en direction de la caméra. Tout autour de nous, il n’y avait que des parois peintes en vert et des écrans verts, afin que l’on incruste des images en post-production. J’ai d’abord répété le mouvement sans porter la tête de C-3PO, afin de voir le cadre et de mesurer le nombre de pas entre mon point de départ et celui de ma destination, puis on a remis la tête en place. J’ai donc commencé à marcher vers la caméra et soudain, je me suis mis à tomber en avant, et à m’aplatir comme une masse en faisant de drôles de bruits ! J’ai compris après que l’équipe de tournage avait posé des plaques de polystyrène peintes en noir sur le sol, afin de réduire les reflets verts de l`environnement sur mon costume doré. Ils avaient simplement oublié de me le dire ! Et comme j’ignorais qu’elles étaient là, j’ai buté dessus à pleine vitesse, et basculé en avant. Voilà ce qui peut arriver quand on est privé de vision périphérique. Ce n’était pas très plaisant.

Vous êtes-vous blessé ?

À peine… Mais rien de bien grave. Tout le monde s’est beaucoup inquiété de savoir si le costume était endommagé, mais il n’y a pas eu de dégâts, heureusement.

Et les dégâts que vous aviez subis, personne ne s’en inquiétait ?

Ils étaient surtout préoccupés par le costume…(Rires). Mais ce n’est pas grave. C’est une expérience assez effrayante, cela dit. Le costume étant rigide et composé de morceaux métalliques, j’aurais pu me blesser assez sérieusement…

Quels sont les moments les plus étranges que vous avez vécus sous le costume de C-3PO ?

Le sentiment le plus curieux a toujours été de constater que les gens présents sur le plateau oublient que je suis dans le costume. Au début, les membres de l’équipe viennent toujours me demander si ça va, ou pour me complimenter sur ma façon de jouer dans la scène précédente, etc. Mais au bout d’un moment, ils s’habituent à la présence d’un robot sur le plateau, et me considèrent vraiment comme un objet. Ils ne font plus du tout attention à moi, pas plus qu`à une colonne ou à un bout de rocher perdu dans le décor ! Par la force des choses, j’ai été amené à observer ceux qui se trouvaient sur le plateau comme le ferait un homme invisible, sans qu’ils en aient conscience. C’est à la fois amusant, insolite et assez difficile à vivre. Dans ces moments-là, j’ai l’impression de ne plus exister, de ne plus avoir de personnalité, ce qui est assez pénible psychologiquement.

La dernière version du costume est-elle plus confortable que la première ?

[éclatant de rire] C’est exactement le même depuis le début !

On n’arrive pas à le croire…

[ironique] Pensez-vous vraiment que les producteurs aient envie de financer la construction d’un nouveau costume pour le rendre plus confortable ?

C’est incroyable qu’en 28 ans, aucune amélioration n`ait été apportée à ce costume…

Une petite est cependant intervenue pendant le tournage du dernier film. On a fabriqué une nouvelle partie du cou, avec des pas de vis placés un millimètre plus loin, pour faire en sorte que cet élément du costume cesse de m’étrangler lorsque l’on vissait les deux parties ensemble. J’ai eu plusieurs débuts de malaises en raison de ce problème. Mais c’est tout. Le costume est resté aussi inconfortable qu’en 1977. Je ne sais pas ce qui m’a donné la force d’endurer tout ça, mais de toute façon, c’est fini à présent. Donc, tout va bien…

A quel point votre association avec Star Wars a-t-elle changé votre vie depuis 1977 ?

J’aurais du mal à le dire, parce que ma vie s`est en quelque sorte intégrée à Star Wars au fil des ans. J`ignore ce qu`elle aurait été si je n’avais pas participé à titre. Je ne consacre pas tout mon temps à travailler sur des projets liés à Star Wars. Cependant, depuis deux ou trois ans, Lucasfilm m’a demandé d`intervenir comme porte-parole de cet univers, ce qui me donne l’occasion de sortir de mon costume, et de me retrouver devant le public pour animer des expositions dans des musées ou des conventions auxquelles participent des milliers de personnes. Mon association avec C-3PO justifie ma présence en tant qu’Anthony Daniels, et je prends plaisir à présenter le travail de mes collègues, qu’il s’agisse des autres acteurs, de techniciens ou d’artistes qui ont participé aux trilogies. C’est un travail proche de celui du théâtre, qui me procure de grandes satisfactions et me donne l’occasion de développer mes aptitudes de présentateur. Je crois que les gens apprécient de me voir agir naturellement, spontanément, et ressentent l’affection que j’ai pour le personnage de C-3PO, et pour toute l’aventure Star Wars.

Quelles frustrations éprouve-t-on à jouer derrière un masque ?

Ce qui est le plus frustrant, c’est que mes mouvements sont extrêmement limités par la rigidité du costume. C’est très difficile de faire transparaître des émotions derrière le faciès immobile du personnage. Son visage est superbe, mais inerte. Je crois que le plus beau compliment que l’on m’ait fait s`est traduit par une question que l’on m’a posé un jour : “Combien de temps met-on à vous poser le maquillage de C-3PO ?”. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un maquillage, mais d’une tête rigide. Le fait que certaines personnes aient le sentiment de voir ce visage trahir les émotions de C-3PO, est extrêmement flatteur pour l’acteur et le mime que je suis. J’ai appris à utiliser mes attitudes corporelles pour exprimer des sentiments. Bien sûr, c’est frustrant de ne pas pouvoir utiliser pleinement les mouvements de mes mains, parce que les articulations des bras m’empêchent de les amener à plus de 50 centimètres de mon visage. Ce sont des restrictions assez pénibles, mais d’un autre côté, ces caractéristiques font partie du personnage. Au moment de la sortie du premier film, le département publicitaire de la Fox avait décidé de prétendre que C-3PO était un vrai robot, ce qui était extrêmement décevant pour moi, car j’avais le sentiment que je méritais tout de même plus de reconnaissance pour le travail que j’avais accompli. Être ainsi ignoré au début a été pénible. On me disait alors que si l’on expliquait au public que C-3PO était incarné par un homme, il ne serait plus crédible. En réalité, les bons acteurs savent crédibiliser un personnage, quel qu’il soit. Regardez Johnny Depp : on sait qu’il n’a rien d’un pirate dans la vie et pourtant, on accepte tout à fait de le voir agir comme l’un d’entre eux dans Les pirates des Caraïbes. C’est en cela que réside la magie de la comédie. Heureusement, aujourd’hui, les choses ont changé et tout le monde a admis qu’il était naturel de dire que j’incarne C-3PO.

La voix de C-3PO est une partie très importante du personnage : comment avez-vous créé cette voix si particulière, vous êtes-vous inspiré d’une personne que vous connaissiez ?

Non, et je crois que cela aurait aussi bien fonctionné si j’avais imité la voix d’une vraie personne. Il aurait d’ailleurs fallu qu`elle soit pour le moins, étrange ! C-3PO a des intonations légèrement inhumaines et des inflexions très emphatiques. Je crois que tout cela est né par magie. J’avais beaucoup réfléchi au personnage pendant les six mois qui avaient précédé le tournage, et essayé des dizaines de voix différentes. Dans les années 70, les voix métalliques appliquées aux robots viraient au cliché. Le public ne souhaitait plus qu`ils s`expriment comme les Daleks de la série télé « Dr Who » ! Je me suis souvenu de la voix de l’ordinateur Hal, dans 2001, l’odyssée de l’espace. Une très belle voix, très calme, douce, qui semblait d’autant plus effrayante lorsqu’il devenait fou. C-3PO, lui, était un personnage bien différent. Craintif, nerveux, toujours terrifié par ce qui pourrait arriver aux humains à sa charge, et qui finissait toujours par se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment ! À la réflexion, il m`est apparu que les gens nerveux ont souvent la voix qui monte dans les aigus, et parlent très rapidement. Bien sûr, il a fallu tenir compte du fait que C-3PO ne respire pas, et que son débit est donc permanent, ce qui est très difficile à faire !

Vous souvenez-vous du moment précis où vous avez pensé “ça y est, je tiens le personnage !”… à moins que ce ne soit George Lucas qui vous l’ait dit ?

Oh non, c’était tout le contraire ! Je crois avoir été certain de tenir le personnage dès que j’ai prononcé mes premières répliques dans le désert de Tunisie, revêtu du costume. C’est là que le personnage est devenu une véritable entité, un tout. Je me souviens que pendant cette scène, je peinais à prononcer une réplique compliquée : “Programmation des systèmes binaires antigravitationnels”. À ce moment-là, George m’a dit : “Ne vous faites pas de soucis, on arrangera la voix plus tard”. Ce n’est que six mois plus tard, à Los Angeles, que j’ai appris que George avait cherché pendant deux mois des gens capables de doubler la voix de C-3PO. Un ingénieur m’a ainsi appris que Lucas avait détesté ma performance pendant le tournage ! J’ai donc failli ne pas être la voix de C-3PO…

Avez-vous été choqué d’apprendre cela ?

Je n`ai pas mal réagi parce qu’à ce moment-là, j’étais installé dans le studio, attendant que George arrive pour réenregistrer certaines de mes répliques. Disons que j’ai été désolé qu’il ait pensé cela durant le tournage sans m`en avoir rien dit. Mais c’était son film, et il avait le droit de modifier la voix pour qu’elle corresponde à son souhait.

Une revanche sur le temps

Que pouvez-vous nous dire de Revenge of the Sith ?

Je pense que le point le plus important, c’est que cet épisode va montrer aux fans pourquoi il ne sera plus nécessaire de produire d’autres films de Star Wars. Ce volet lie très bien les évènements qui s’y déroulent à ceux de l’Épisode IV de 1977. L’histoire s’achève de manière très satisfaisante, et apporte des réponses à toutes les questions laissées en suspens depuis des années.

Avez-vous eu à rejouer des parties de scènes que l’on a vues dans l’Episode IV, voici 28 ans ?
Non, mais je suis le seul acteur qui ait participé à tous les Star Wars depuis l`origine. En Australie, George et moi nous sommes retrouvés dans le même décor de couloir que celui où nous avions tourné, il y a 28 ans de cela. Nous étions revenus dans le passé. On s`est regardé en se disant que c’était extrêmement bizarre… C-3PO dit la première réplique de l’Episode IV et la dernière de l’Episode III, ce qui est une jolie manière de relier le passé au présent. Cela m’a procuré un sentiment de reconnaissance bien agréable et une certaine fierté.

Que faites-vous lorsque vous travaillez hors de la galaxie Star Wars ?

Je participe à des émissions de télé, à des doublages, je crée des voix pour des spots publicitaires, ce genre de choses. Star Wars a absorbé beaucoup de mon temps de travail, pendant ces dernières années, particulièrement lorsque j’ai participé au lancement des expositions qui ont eu lieu au Japon et en Australie. Je collabore aussi à l’exposition La science de Star Wars qui a lieu au musée de Boston, car je m’intéresse de plus en plus aux aspects scientifiques relatifs aux films de la saga.

Quels sont vos hobbies ?

J’aime faire de la plongée, du ski, et m’occuper de mon grand jardin, dans la maison que je partage avec ma compagne en Provence. Nous passons le plus clair de notre temps à vivre paisiblement là-bas, et rien ne me rend plus heureux. Quand vous avez un grand jardin, sur une colline, le simple fait de vous battre contre la Nature, en été, lorsque le temps est trop sec, et en hiver, lorsque tout gèle, est une immense source de satisfaction.

Comment les enfants réagissent-ils lorsqu’ils reconnaissent votre voix ?

Ils restent un instant silencieux et m’observent. Et c’est merveilleux, parce que l’on peut presque entendre les rouages de leurs esprits fonctionner pour essayer de faire coller l’image du type d’une cinquantaine d’années aux cheveux gris qu’ils ont devant eux avec celle de C-3PO. Et quand ils comprennent que je suis l’acteur qui le fait bouger et parler, de larges sourires apparaissent sur leurs visages. C’est un plaisir très simple et authentique que les réactions des enfants m’apportent.

On pourrait appeler cela le “Karma magique”. Vous avez créé de la magie, et elle vous revient en retour, par le biais de ces enfants émerveillés.

Oui, vous avez raison, c’est exactement ça. Vous avez réussi à me faire sourire ! Je crois que je vais vous voler cette expression de “Karma magique”, elle me plaît beaucoup !

Quelle est la réaction la plus curieuse à laquelle vous ayez assisté, vêtu du costume de C-3PO ?

Probablement celle de mes amis lorsqu`ils viennent me rendre visite sur un tournage. Je papote avec eux, et à un moment, je m’éclipse pour aller mettre le costume de C-3PO. Lorsque je reviens, ils restent étrangement silencieux, parce qu’ils ne savent pas comment s’adresser à ce robot ! On peut lire sur leurs visages à quel point ils sont troublés (Rires). Cela m’amuse beaucoup, mais évidemment, ils ne peuvent pas le deviner, car ils ne voient pas le sourire sur mon visage.

Qu’avez-vous éprouvé après avoir tourné le dernier plan de l’Episode III ?

[très long soupir] Des sentiments mitigés. Très diffus. Lorsque j’ai tourné mon dernier plan, il n’y a pas eu de petite fête, comme cela se fait parfois sur les tournages. Juste quelques applaudissements, et toute l’équipe est partie s’occuper du plan suivant, parce que la vie continue…Quelqu’un m’a tendu une coupe en plastique remplie de champagne français et je me suis retrouvé seul sur le plateau, pensant “Alors c’est tout ? C’est comme ça que tout va s’achever ?!”. Mais en fait, ce n’était pas vraiment la fin, puisque je suis revenu en Australie plus tard pour tourner d’autres plans, puis pour réenregistrer des dialogues. Mais le terme de cette aventure est à la fois une nouvelle étape et un moment de ma vie emprunt de nostalgie, bien sûr…

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau