AUX SOURCES DE L’AVENTURE

lundi 5 novembre 2007

 

Catégorie(s):

Extrait:
AUX SOURCES DE L’AVENTURE En véritable mythe, Star Wars a suscité depuis son apparition sur grands écrans, voilà 28 ans, de nombreux questionnements. Beaucoup de critiques et plus encore de fans ont tenté de découvrir quelles étaient les sources d’inspiration de George Lucas, ce qui l`avait incité à réaliser une œuvre pratiquement universelle appréciée aux […]

AUX SOURCES DE L’AVENTURE

En véritable mythe, Star Wars a suscité depuis son apparition sur grands écrans, voilà 28 ans, de nombreux questionnements. Beaucoup de critiques et plus encore de fans ont tenté de découvrir quelles étaient les sources d’inspiration de George Lucas, ce qui l`avait incité à réaliser une œuvre pratiquement universelle appréciée aux quatre coins du monde. Des influences avouées de Lucas, Akira Kurosawa ou Joseph Campbell pour ne citer que les plus connus, à celles auxquelles il n’a jamais songé, petit tour de table sur un débat en constante évolution.

Une œuvre fantastique

Apparenté aux fables, légendes et autres grands récits allant de l’Illiade à l’Odyssée en passant par ceux des chevaliers de la Table Ronde ou de Beowulf, Star Wars a acquis le statut envié de “mythe des temps modernes” tant pour les fans que pour les détracteurs de la saga qui, à leur manière, ont ajouté de l’eau à son moulin. Au fil des ans, on a décrit successivement la trilogie comme une métaphysique, une anthropologie, une analyse sociologique, une théologie, un traité politique et, dernièrement, comme une critique raciste. Autant de pistes devenues des évidences pour ceux qui les ont parcouru en tous sens. Mais n’oublions pas, comme le rappelait voici peu Lucas, “It’s just a movie”.
Malgré cela, ce dernier n`a jamais renié l’influence que les autres récits fantastiques ou mythiques ont eu sur sa création, et en particulier les travaux de Joseph Campbell, un mythologiste américain, auteur de plusieurs ouvrages dont « The Heroes with a Thousand Faces ». Explorant les origines des mythes et des religions, Campbell s’est toujours intéressé aux relations qui pouvaient exister entre ceux de différentes cultures, essayant de trouver les fils qui reliaient entre elles ces sources disparates. L’influence de Campbell sur Lucas n’est donc pas à rechercher dans un schéma préexistant, mais bien dans une sorte de dynamique de l’écriture incluant les grands principes de la mythologie. Le but ultime du mythe étant de permettre, à celui qui le décrypte, de s`évader de son carcan, et dépasser le stade évolutif qu’il a atteint, en s’inspirant des exemples offerts par les protagonistes du récit. Et c’est exactement le résultat obtenu par la trilogie devenue, sans conteste, un mythe opératoire fonctionnant comme tel.

De Flash Gordon au Roi Arthur

Mais les écrits de Joseph Campbell ne sont pas les seuls qui influencèrent Lucas. En effet, parmi ses sources d’inspirations, on retrouve les comics qu`il lisait dans son enfance comme Flash Gordon et Buck Rogers, dont les aventures se perpétuèrent sur grand écran. À titre d’exemple, on notera la ressemblance entre la planète Bespin de L’Empire contre-attaque et la cité des hommes oiseaux de Flash Gordon, qui ne fut pas le seul héros à enflammer l`imaginaire du jeune homme. Bercé par le cinéma de science-fiction, c’est en se remémorant des classiques comme Planète interdite ou Le jour où la terre s’arrêta, qu’il créa les droïdes C-3PO et R2-D2. Star Trek et la série télévisée Cosmos 1999 exercèrent aussi leur emprise, notamment dans le design aseptisé de l`intérieur des vaisseaux, uniformément blancs. Quant à la lutte manichéenne entre le Bien et le Mal, elle est directement issue des westerns auxquels Star Wars emprunte fréquemment sa narration.
Des traces de mythologie gréco-romaine s`impriment également dans l’œuvre de Lucas, à l’intar du terme “Empire” ou du meurtre œdipien de Luke Skywalker pourfendant ce père à son insu, mais surtout de nombreuses références au cycle de la Table Ronde. Cette mythologie celtique est transposée tant au niveau des personnages, que dans ses structures narratives même, la quête de la Force s`y substituant à celle du Graal. Héros de la trilogie, Luke Skywalker, représentant à la fois Arthur et Perceval, est le fils de trois pères ayant les trois fonctions duméziliennes (Dark Vador est le guerrier, Obi Wan Kenobi le “prêtre” et son oncle le “cultivateur”). Pour parvenir au terme de sa quête, Luke est aidé par un sage, Obi Wan Kenobi puis Yoda, figure récurrente de Merlin qui l’initie pour lui permettre de vaincre les épreuves. Amoureux de la belle Leia (Guenièvre dans le mythe arthurien), il est trompé par Han Solo (Lancelot) qui lui dérobe sa promise. Un parallèle entre les chevaliers Jedi et ceux de la Table Ronde n`est pas moins flagrant. Ces deux fraternités masculines sont issues d’une tradition guerrière, portées par un idéal, un code d’honneur, et une foi inébranlable la justice, auxquels leur épée (laser pour les Jedi) sont entièrement dévouées. Et lorsqu’ils se réunissent, autour d’une table pour les uns et d’un dessin tracé au sol pour les seconds (La Menace fantôme), c`est dans les 2 cas autour d`un symbole circulaire. Quant au phrasé inversé de Yoda, rien moins qu`une référence aux temps moyenâgeux.
Quant à l’idéologie de l’Empire Galactique, basée sur l’endoctrinement véhiculé par des médias et organisations de jeunesse ainsi que sur la ségrégation valorisant une humanité “supérieure”, elle est directement calquée sur le fascisme. On ne peut parler des influences de Lucas sans évoquer l’Asie en général, bouddhisme et taoïsme en particulier, tels qu’ils sont perçus par les Occidentaux et non dans leur infinie diversité. Car si les Jedi nous renvoient aux chevaliers de la Table ronde, l`ombre des Samouraïs, hommes d’épées vaillants et solitaires défendant des valeurs fortes, plane dans le contraste de violence et de rigueur qui les anime. Et chez Yoda, la sagesse tout comme l`habit, font le moine directement inspiré des sages taoïstes, chacun privilégiant la réflexion et la spiritualité au détriment de l`action et du matérialisme.

La confusion des sources originelles

Si les influences scénaristiques de George Lucas sont multiples, celle qui renvoie au Nouveau Testament lui fut attribuée à tort. En effet, lorsque La Menace fantôme sortit sur les écrans, bon nombre ont fait un rapprochement erroné entre Anakin Skywalker et Jésus, ainsi qu’entre Shmi, sa mère et la Vierge Marie.
La première confusion provient de l’allusion à la conception du jeune Anakin. Dans le film, sa mère affirme que l`enfant n’a pas de père, mais qu’elle l’a conçu, mis au monde et élevé jusqu’à ce jour. Elle n`affirme cependant jamais que cette conception soit miraculeuse et encore moins immaculée comme dans le cas du modèle évoqué. Qui-Gon, lui-même, ne voit en cet enfant que l’intervention des midichlorelles, et pas davantage. Notons que de telles créations parthénogénétiques s`inscrivent dans de nombreux autres mythes ou croyances. Héra, la femme de Zeus, a ainsi enfanté seule, sans autre intervention, un fils Héphaïstos.
Pour soutenir cette thèse Christique, certains ont rapproché l’enfance humble et cachée du bambin, la prophétie le concernant, voire la scène de la comparution devant le conseil des Jedi. Et si les deux premiers éléments s`appliquent aux héros de diverses traditions (du Bouddhisme à l’Islam), le passage devant un conseil de sages, n`est rien moins qu`un rituel initiatique des plus traditionnels. L’épreuve à laquelle est soumis le jeune Anakin est d’ailleurs plus à rapprocher de la reconnaissance des futurs Dalaï lamas du bouddhisme tibétain qui, comme le futur Jedi, doivent user de télépathie et de divination.
Les éléments, qui ont donc imposé le parallèle entre Anakin et Jésus, ne sont que des lieux communs inhérents à de multiples mythologies traditionnelles, des thèmes universels alimentés de cultures diverses.

De l`austérité philosophique à l`opulence artistique

Éléments pour le moins marquants de la saga, les costumes s’inspirent ouvertement de l’Asie et de l’Orient tant pour la trilogie classique que pour sa préquelle. Difficile, en effet, de ne pas songer à la Chine moyenâgeuse en observant la tenue de Lando Calrissian rehaussée de petits dragons dorés ou aux Indes Britanniques face à la robe de soie portée par la princesse Leïa dans la Cité des nuages (L’Empire contre-attaque). Quant aux habits d’inspiration japonaise, elles sont légion, à commencer par l’authentique kimono beige qui revêt Obi Wan Kenobi, sans oublier les tenues de Luke (blanches au début de la saga et ultérieurement sombres au gré de son évolution personnelle) ou à celle de l’Empereur. Mais le personnage qui reflète sans conteste ses influences n`est autre que Dark Vador, dont le casque en forme de dragon, cuirasse, cape noire et ailerons sont explicites, son sabre-laser remplaçant le traditionnel katana.
Seules exceptions à l`Asie, les emprunts concédés pour créer les uniformes des pilotes de la Rébellion fortement inspirée des tenues des pilotes de l’US Navy, tant par la couleur que le look d`ensemble, agrémenté de la fusée de détresse située au niveau de la cheville panacée des pilotes de la LuftWaffe de Goering. Quant à l’uniforme de l’infanterie rebelle, il oscille du casque d’aviateur britannique aux bottes eskimos.
Mais si l’Asie et l’Orient ont principalement dicté l`aspect vestimentaire, les décors résultent d`influences plus occidentales, et même cinématographiques notamment mises en œuvre par Doug Chiang. En effet, comment ne pas voir dans la cité de Coruscant (La Menace fantôme), un hommage au Metropolis de Fritz Lang. Étrangement similaires, ces deux architectures avant-gardiste adoptent des lignes d’une verticalité surprenante, tout en imposant une circulation en trois dimensions largement exploitée dans tous les films futuristes ou de science-fiction. S’opposant à cette perspective, Theed, la capitale des Naboos, trouve son inspiration dans l’architecture romano-byzantine, teintée d’influence orientale grâce à ces dômes colorés, la perspective renaissance et le maniérisme vénitien. Quant à Otoh Gunga, la capitale des Gungans, très sphérique, c’est dans l’Art Nouveau qu’elle s`ébauche sur l`influence organique de l’architecte Victor Horta avec des jeux de lumières évoquant la touche Tiffany par son opalescence irisée. Chacune de ces inspirations se justifie pour traduire des images qu`elle souligne. Exploiter l’Art Nouveau, dont la philosophie est d’approprier la forme à la fonction, dans le cadre de la cité du peuple amphibien permet de souligner leur parfaite adaptabilité à cet environnement où, architecture et mode de vie s`entrelacent. Ainsi en est-il également de Theed qui traduit son raffinement et sa culture par un éclectisme de bon goût préfigurant une dérive décadente, où le fonctionnel a cédé au fastueux purement décoratif.
Véhiculant l`authentique vécu intrinsèque d’une reconnaissance intuitive du cheminement initiatique, la trilogie Star Wars, même fictive, n’en affirme pas moins ses convictions au gré de ses emprunts et ses références. Le Bien, Le Mal, l’existence Divine et bien d’autres thèmes sont, ici, développés pour mieux séduire. À l`instar d’un écrit sectaire, Star Wars force le questionnement et la remise en d`acquis assimilés à des vérités. La saga initie la recherche en se refusant à toute réponse, et surtout pas dogmatique. Pour beaucoup, Star Wars n’est autre qu’une nouvelle “bible” cinématographique…

Stéphanie Vandevyver