BATMAN VS SUPERMAN : L’AUBE DE LA JUSTICE : la critique de l’EF (voir ci-dessous)

samedi 26 mars 2016

 

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BATMAN VS SUPERMAN : L’AUBE DE LA JUSTICE : la critique de l’EF (pas de spoilers) **** Après avoir signé un « Man of Steel » audacieux dont le combat final et ses destructions apocalyptiques ont suscité une vive polémique, mais qui a permis à Superman de renaître sur le grand écran, Zack Snyder ne […]

BATMAN VS SUPERMAN : L’AUBE DE LA JUSTICE : la critique de l’EF
(pas de spoilers)

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Après avoir signé un « Man of Steel » audacieux dont le combat final et ses destructions apocalyptiques ont suscité une vive polémique, mais qui a permis à Superman de renaître sur le grand écran, Zack Snyder ne change pas de cap en nous présentant un choc de titans qui est le véritable premier épisode de « La Ligue de Justice ». Le réalisateur a inclus dans son récit deux célèbres segments d’histoires des comics : l’affrontement entre un Batman vieillissant en armure et l’homme d’acier issu de «The Dark Knight Returns» de Frank Miller, et l’irruption de Doomsday, créature surpuissante que l’on avait vue dans «La Mort de Superman». Si ce montage fonctionne aussi bien, c’est que le prologue du film – la destruction de Metropolis vue par les yeux de Bruce Wayne, arrivant trop tard pour sauver ses amis et employés de l’effondrement de la tour de Wayne Industries – rend crédible la rancune de Batman envers Superman, et l’enquête menée par une sénatrice pour savoir quelles sont les véritables intentions du Kryptonien. Le long chemin de croix entamé par Superman dans « Man of Steel » n’est donc pas terminé puisqu’il doit encore se justifier et prouver qu’il n’est pas une menace. Si cette atmosphère pesante autour de l’homme d’acier est une conséquence logique du point de départ de la construction du script, elle a un inconvénient : celui de nous présenter à nouveau un Superman crispé, sur ses gardes, qui accomplit son devoir en ne souriant presque jamais lorsqu’il sauve des gens, à l’exception d’un bref moment lorsqu’il extirpe une personne d’un brasier et la dépose au milieu d’une foule mexicaine transie d’émotion. Or, la confrontation entre Superman, le surhomme positif, rayonnant, solaire, tel qu’on le connaît depuis toujours dans les BD et Batman, le justicier des ténèbres, pessimiste et hanté par l’assassinat de ses parents, aurait gagnée à être également un choc de personnalités opposées, et de visons totalement différentes du monde. Hélas, le voile sombre qui recouvre le film – jusque dans ses images souvent exagérément obscures – amoindrit ces différences de caractères au point que Superman semble presque aussi pessimiste que le chevalier noir de Gotham. Batman est d’ailleurs la vraie vedette du film, et l’un de ses plus grands atouts grâce à l’interprétation solide et charismatique de Ben Affleck, doté d’un excellent nouveau costume créé par Michael Wilkinson. On découvre ici l’une des incarnations les plus convaincantes jamais filmées du justicier, comme lors de la scène où il affronte seul une dizaine de malfrats, sans nul doute la bagarre la plus âpre et la plus époustouflante de toute la saga cinématographique de l’homme-chauve-souris. Chaque plan conçu par Snyder met en valeur ses actions et la manière dont il fait décoller les bandits du sol en distribuant coups de pieds et uppercuts. Dans le même registre, le combat tant attendu entre Batman caparaçonné et Superman dans le bâtiment d’une gare désaffectée est lui aussi l’un des morceaux de bravoure pleinement réussis de cette aventure. Tout comme la relation plus étroite entre Bruce Wayne et le fidèle Alfred, qui devient un partenaire actif de Batman lors de ses missions contre le crime et délivre aussi les répliques les plus ironiques du film. Et l’on est heureux de découvrir en la ravissante Gal Gadot une Wonder Woman aussi convaincante en enquêtrice moulée dans une robe de haute couture lors d’une soirée mondaine qu’en guerrière amazone hurlant de rage lorsqu’elle brandit son épée et son bouclier et se lance dans un combat mortel. Il faut souligner aussi le talent avec lequel le compositeur néerlandais Junkie XL et l’immense Hans Zimmer soulignent les exploits des super-héros grâce à des thèmes musicaux aussi efficaces pendant les scènes de combat que bouleversants lors des moments d’émotion pure. A ce titre, le thème «Is She With you ?» accompagnant l’irruption de Wonder Woman dans le combat est un modèle du genre, tant ses jeux de percussions sont l’équivalent auditif d’une poussée d’adrénaline pure. La bande originale du film, constamment inspirée, décuple l’ampleur des séquences d’action et nous rappelle à point nommé que nous assistons là à une confrontation inédite, véritablement historique. L’osmose entre la musique et les superbes images créées par l’esthète issu du monde de la publicité qu’est Zack Snyder et son chef opérateur Larry Fong atteint ici des sommets. Snyder prouve une fois encore qu’il sait manier les symboles forts – le monument dédié à Superman et aux victimes de la bataille de Metropolis souillé par le graffiti «faux dieu», les échos visuels du traumatisme du 11 septembre 2001 et sa cohorte de victimes et de héros – pour donner toute la puissance lyrique voulue à cette réinvention moderne des divinités de la Mythologie Antique que sont les super-héros. Ce souffle, cette puissance visuelle, porte le film de bout en bout, sans oublier de céder parfois la place à des moments plus intimes comme les scènes touchantes entre un Superman en proie au doute et une Lois Lane parfaitement jouée par Amy Adams qui est à la fois un soutien indéfectible et une raison d’espérer en des jours meilleurs. On appréciera diversement le parti pris de réactualiser Lex Luthor, habituellement représenté comme un génie adulte doublé d’un habile homme d’affaires, en le transformant en wonderboy des applications du web, à l’instar d’un Mark Zuckerberg. Et c’est justement à Jessie Eisenberg, excellent interprète de ce dernier dans « The Social Network » de David Fincher, que revient la lourde tâche d’incarner ce génie du crime en devenir. Sous la direction de Snyder, Eisenberg compose un personnage à l’apparence de «geek» sympathique qui s’avère être un psychopathe manipulateur particulièrement cruel. Grâce à sa prestation audacieuse, on comprend peu à peu que Luthor agit presque malgré lui, à l’instar du Norman Bates de « Psychose », et ne maîtrise plus ses actions, entraîné par ses pulsions jusqu’au bord de l’apocalypse en créant le bien nommé «Doomsday». Et lorsque l’on croit que la diabolique partie d’échecs manigancée par Luthor va atteindre son point culminant lors du combat fratricide entre Batman et Superman, Zack Snyder et ses scénaristes mettent en place un ultime morceau de bravoure en deux temps, la bataille commune contre le terrifiant Doomsday et son issue émouvante directement issue des comics et traitée ici avec une parfaite sobriété. La grande intelligence de cette séquence à couper le souffle est de faire table rase des polémiques provoquées par « Man of Steel » en redonnant leurs statuts de héros indiscutables à Batman, Superman et Wonder Woman. La page de la méfiance étant tournée, la Ligue de Justice pourra se construire sereinement dans les deux prochains épisodes, que nous attendons déjà avec impatience.

Pascal PINTEAU