CANNES 2023 : ACIDE

mardi 23 mai 2023

 

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Extrait:
Just Philippot ne retrouve pas la grandeur de La Nuée

CANNES 2023 : ACIDE

 

 

C’est la première grande déception fantastique de ce 76e festival de Cannes. Dire que l’on avait hâte de découvrir Acide tient de l’euphémisme, tant Just Philippot s’est imposé en un seul geste (l’excellent La Nuée) comme la nouvelle voix du cinéma de genre hexagonal. Mais malheureusement, son film apocalyptique, narrant la fuite désespérée d’une famille dans un Nord-Pas-de-Calais frappé par des pluies acides, déçoit grandement. Point de nuance ici : le film dit mais oublie de montrer et de faire ressentir. Son récit, d’une banalité désolante, ne s’écarte jamais de la feuille de route basique du film-catastrophe (le père divorcé, sa pizza et son match de foot, la mère pleine de reproches envers lui, leur fille harcelée au lycée, mais aussi les voitures abandonnées, les ponts condamnés, l’imagerie désaturée, autant de motifs si éculés qu’ils en deviennent agaçants). Ce qui faisait la beauté, l’originalité et la complexité de La Nuée est ici absent, ou réduit à des facilités. Les enjeux (et le propos écologique), par exemple, sont exposés en quelques secondes, frontalement, au moyen de simples émissions de radio et reportages TV. De plus, sans nuance aucune, les personnages (celui de Guillaume Canet en premier lieu) semblent en pilotage automatique, et le film fabriqué par algorithme. L’ensemble est maigre, à peine spectaculaire, et nous fait retomber sur Terre après un début de festival passionnant en matière de propositions fantastiques.

 

Jérémie ORO