Critique du reboot de ROBOCOP (voir ci-dessous)

mercredi 5 février 2014

 

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LA CRITIQUE DE L`EF : ROBOCOP USA. 2014. Réal.: José Padilha. Scén.: Joshua Zetumer. Prod. : Marc Abraham, Brad Fisher, Eric Newman. Photo: Lula Carvalho. Mus.: Pedro Bromfman. Mont.: Peter McNulty & Daniel Rezende. Dir. art. : Brandt Gordon. Effets visuels : James E. Price. Dist. : StudioCanal. 1h57. Avec: Joel Kinnaman, Gary Oldman, Michael […]

LA CRITIQUE DE L`EF :

ROBOCOP

USA. 2014. Réal.: José Padilha. Scén.: Joshua Zetumer. Prod. : Marc Abraham, Brad Fisher, Eric Newman. Photo: Lula Carvalho. Mus.: Pedro Bromfman. Mont.: Peter McNulty & Daniel Rezende. Dir. art. : Brandt Gordon. Effets visuels : James E. Price. Dist. : StudioCanal. 1h57. Avec: Joel Kinnaman, Gary Oldman, Michael Keaton, Abbie Cornish, Jackie Earle Haler, Michael K. Williams, Jennifer Ehle, Marianne Jean-Baptiste, Samuel S. Jackson. 1h57. SORTIE : 5 FEVRIER 2014.

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Du film de 1987 signé Paul Verhoeven, José Padilha a gardé les grandes lignes, se bornant à utiliser les progrès de l’image de synthèse pour insuffler du spectaculaire dans les scènes d’action, et n’influant que sur des détails. Mais qui ont leur importance. On est ainsi surpris, dès les premières séquences, de voir marines, drones et robots US maintenir l’ordre sous l’œil des caméras télé… en plein Téhéran, lors d’une scène frappante où, dans une ruelle, des pasdarans se font sauter avec ce mot d’ordre : «Mourez, mais faites en sorte d’être filmés pour que le monde entier nous voit !». C’est que nous sommes en 2028 et, ainsi qu’on l’apprend grâce à un contre-champ sur le studio d’une grande chaîne américaine où officie, devant une flamboyante bannière étoilée, le présentateur-vedette Pat Novak (un Samuel S. Jackson fielleux, cheveux crantés et costard à 10 000 dollars, dans un contre-emploi aussi surprenant qu’éblouissant), «les machines américaines assurent l’ordre partout !». Sauf aux Etats-Unis – c’est là où le bât blesse et fournit l’argument au récit – à cause de l’obstruction d’un sénateur dont le nom n’est certainement pas dû au hasard : Dreyfuss. C’est dire que Padilha, que certains avaient accusé un peu légèrement de fasciste pour avoir tourné au Brésil, son pays natal, Troupes de d’élite, deux film à la gloire des unités d’interventions contre les mafias de la drogue, rentre joliment dans le lard du politiquement correct. Dans le rôle du cyborg (disons son visage), l’américano-suédois Joel Kinnaman est plus humain que ne l’était Peter Weller dans le métrage initial, ses rapports avec son épouse et son fils nourrissant la deuxième ligne de récit, même si, dans ce film tout public, on se garde bien d’effleurer ce qui toucherait à une sensualité désormais impossible. Un Michael Keaton retors en patron de d’Omnicop et Gary Oldman en scientifique dépassé imposent l’excellence des seconds rôles. Quant à l’action, passée la première demi-heure (paradoxalement la meilleure) consacrée au remodelage et à l’apprentissage du nouveau corps mécanique, elle est menée à vitesse turbo avec une science du cadrage et du montage de vieux pro. En témoignent cette bataille nocturne dans un entrepôt éclairée par le seul rougeoiement des faisceaux laser, ou ces courses hallucinées du justicier sur sa moto qui s’apparente alors au Judge Dredd, et plus encore au Batman de Christopher Nolan. Les surprises ne sont pas en restent, ainsi de la fuite d’Alex encore déboussolé hors du labo où il a été remodelé et qui, traversant d’interminables ateliers où s’affairent des techniciens et blouse rose, saute une muraille d’enceinte pour se retrouver… dans une rizière – preuve que la pieuvre Omnicop s’étend jusqu’en Chine. L’humour gagne enfin sa part légitime, ainsi de cette réflexion de son coéquipier black constant qu’on a doté Alex, pour qu’il paraisse plus effrayant, d’une armure noire : «Tu as enfin la bonne couleur». Dans un mode certes calibré pour plaire, ce qui n’empêche pas la réflexion, José Padilha a su faire du neuf avec du (relativement) vieux.

Jean-Pierre Andrevon