EN SALLE ACTUELLEMENT : «DANS LE NOIR» : LA CRITIQUE

vendredi 26 août 2016

 

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4 étoiles (excellent) (Lights Out) USA. 2016. Réal.: David F. Sandberg. SORTIE : 24 AOUT 2016 Une jeune femme découvre que sa mère et son petit frère vivent sous le joug d’une entité démoniaque qui n’apparaît que dans la pénombre. Ce qu’elle pensait n’être qu’un lointain cauchemar de sa petite enfance va mettre sa vie […]

4 étoiles (excellent)

(Lights Out) USA. 2016. Réal.: David F. Sandberg. SORTIE : 24 AOUT 2016

Une jeune femme découvre que sa mère et son petit frère vivent sous le joug d’une entité démoniaque qui n’apparaît que dans la pénombre. Ce qu’elle pensait n’être qu’un lointain cauchemar de sa petite enfance va mettre sa vie en péril…

Quel exercice délicat que le passage du court-métrage au long, qu’il s’agisse de trouver l’idée justifiant cet allongement de l’intrigue, ou de faire preuve d’un talent égal sur la longueur. David F. Sandberg, réalisateur suédois de nombreux courts-métrages dont nous nous sommes fait ici l’écho passe avec brio l’épreuve du feu et nous livre un film d’épouvante dans sa plus parfaite expression. Minimaliste, intime et prenant. Pour parvenir à cela, il a pu notamment compter sur la collaboration d’Eric Heisserer, qui a déjà signé les scénarios du dispensable remake des Griffes de la nuit, mais également de Destination finale 5 et de l’efficace reboot de The Thing, et des conseils avisés de James Wan, producteur décidément au sommet de son art ces derniers mois, puisqu’on lui doit le magnifique Conjuring 2.
Certes, Sandberg n’est pas le premier à réussir ce tour de force, et les exemples se multiplient à l’envi dès que l’on se penche sur le sujet : Saw, Pixels, District 9, Mister Babadook, Chappie, Frankenweenie, Hobo with a Shotgun… Mais c’est surtout Mamá qui vient le plus naturellement à l’esprit tant le film d’Andrés Muschietti partage de points communs avec celui de Sandberg. Il s’agit de nouveau d’une entité surnaturelle connectée à des membres d’une famille et leur faisant vivre, ainsi qu’à leurs proches, d’éprouvants moments de terreur, souvent fatals. Dotée d’une force hors du commun, Diana (c’est son nom) est donc le pendant de Mamá, créature crépusculaire que l’on devine plus qu’on ne la voie d’ailleurs, entre revenante espagnole et esprit nippon. Elle semble ne hanter les vivants que pour tenter de se créer une forme de vie familiale pervertie où enfants et parents deviennent les jouets de sa toute-puissance.
Cependant, Dans le noir ne suit aucunement le cheminement de Mamá, construit de façon classique comme un excellent film de fantôme, et nous surprend d’emblée avec une séquence d’ouverture prenant la forme d’un véritable court-métrage, clin d’œil bien vu et diablement efficace pour nous plonger au cœur de l’histoire. Sans temps mort, Sandberg installe donc la peur en une poignée de secondes, sans pour autant oublier de nous montrer qu’il aime les plans techniques, avec de grands mouvements fluides de caméra, des plans fixes parfaitement chronométrés, et un montage qui sait renforcer la peur. On n’est d’ailleurs pas loin de l’élégance de James Wan. Et par la suite, cette mise en scène « old school » sert à donner corps à des personnages plus complexes qu’ils n’y paraissent de prime abord, et dont le destin déjouera bien des prévisions des spectateurs. On renoue avec une façon d’aborder le cinéma horrifique en plaçant les personnages au centre de l’intrigue et en créant une ambiance anxiogène avec une patience et un savoir-faire qui évoque les productions des années 70, où les effets tape-à-l’œil n’étaient pas encore d’actualité.
Dans le court-métrage, on découvrait donc cette entité étrange apparaissant sous forme de silhouette charbonneuse dans l’encadrement des portes dès que l’on éteignait la lumière pour s’évanouir à l’instant où l’on faisait de nouveau basculer l’interrupteur. Sandberg jouait avec cette idée, faisant avancer son monstre par bonds successifs, créant un sentiment d’angoisse puissant, surtout quand on le découvrait capable d’éteindre les lumières à la seule force de son esprit… Ici, il reprend ce principe, mais pousse ce concept jusqu’au bout, que ce soit pour faire apparaître Diana dans le dos de ses victimes, et pour faire naître les ténèbres de diverses manières, jusqu’à trouver une idée excellente pour la rendre invulnérable aux armes à feu.
Et pour donner corps à Diana, Sandberg ne s’appuie pas – et c’est heureux ! – sur une débauche d’effets visuels préférant une sobriété très percutante à des envolées de pixels souvent vaines. Il aime les trucages traditionnels et les maquillages spéciaux portés par une actrice – Alicia Vela-Bailey – donnant corps au cauchemar à chacune de ses apparitions. Certes, le mécanisme de la terreur est toujours le même, alliant la peur du noir aux surgissements-surprises, mais elle ne s’use pas sur la durée relativement courte du film, assurant la réussite de chaque coup de tonnerre…
Si l’interprétation d’Alicia Vela-Bailey est une réussite, il en va de même avec les autres membres du casting, à commencer par Teresa Palmer que l’on a grand plaisir à retrouver après Warm Bodies et Numéro Quatre. À ses côtés, Maria Bello (La 5e Vague, Big Driver) incarne une mère à la dérive avec conviction et sensibilité, comme à son habitude. Leur jeu est souligné par la très belle musique de Benjamin Wallfisch, associé à de prestigieux films et qui trouve ici enfin la place méritée pour exprimer un talent hérité de Bernard Hermann. La photographie n’est pas en reste, se jouant du défi technique d’un tournage souvent nocturne où bien que baignée dans les ténèbres, l’image ne perd rien de sa clarté et sait s’appuyer sur les effets de silhouette pour faire deviner l’imminence du danger… On n’attendait pas forcément beaucoup de ce long-métrage en forme d’exercice de style, mais il faut bien reconnaître que le résultat se hisse au panthéon du genre en atteignant son unique objectif : faire peur.

Yann LEBECQUE