GODZILLA : la critique de l`EF ! (voir ci-dessous)

dimanche 11 mai 2014

 

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« GODZILLA » : la critique de L’ECRAN FANTASTIQUE ! La longévité cinématographique de Godzilla ne cesse de nous surprendre. Depuis sa première apparition en 1954, le dinosaure atomique n’en finit plus de ressurgir de ses flammes radioactives, tel un Phénix antédiluvien, tour à tour métaphore des terreurs primales ou justicier titanesque au service des […]

« GODZILLA » : la critique de L’ECRAN FANTASTIQUE !

La longévité cinématographique de Godzilla ne cesse de nous surprendre. Depuis sa première apparition en 1954, le dinosaure atomique n’en finit plus de ressurgir de ses flammes radioactives, tel un Phénix antédiluvien, tour à tour métaphore des terreurs primales ou justicier titanesque au service des forces du bien. Sa première relecture par Hollywood, sous l’égide de Roland Emmerich, avait fait grincer beaucoup de dents, le public japonais rejetant en bloc ce monstre numérique qu’il rebaptisa péjorativement «Zilla». Pourtant, pour célébrer les soixante ans du monstre le plus populaire de l’Histoire du cinéma, la Toho confia à nouveau sa franchise à un studio américain. Le projet partait cette fois avec beaucoup d’atouts : un producteur amoureux du genre, Thomas Tull (la trilogie Dark Knight, Man of Steel, Pacific Rim), et surtout un réalisateur surdoué dont le premier long-métrage, Monsters, nous avait conquis par sa finesse et son intelligence. Verdict ? Godzilla cru 2014 est une réussite exemplaire qui s’affirme haut la main comme l’un des meilleurs opus d’une saga qui compte pourtant une bonne trentaine d’épisodes. Malgré le budget colossal mis à sa disposition (160 millions de dollars, soit 200 fois plus que celui de Monsters !), Gareth Edwards conserve intacts sa personnalité et surtout sa sensibilité. Ainsi ne se livre-t-il pas à la surexposition immédiate d’effets spéciaux spectaculaires. Ses monstres restent longtemps dans l’ombre, nimbés de mystère, pour mieux laisser l’imagination du spectateur vagabonder, et le récompenser enfin lorsqu’ils paraissent dans toute leur monstrueuse splendeur.
Maître dans l’art de la retenue, Edwards cultive le hors-champ avec une virtuosité d’autant plus grande qu’il s’agissait d’une démarche nécessaire sur son premier film, la faiblesse de ses moyens l’empêchant alors de trop montrer ses créatures tentaculaires. Ici, la nécessité est devenu parti pris, et l’on sent bien que le jeune cinéaste se laisse porter ouvertement par l’influence des «monster movies» de Steven Spielberg. En ne montrant de Godzilla que ses crêtes dorsales surgissant des eaux, Edwards s’inspire évidemment de l’aileron du Grand Blanc des Dents de la Mer, laissant le public imaginer la taille impensable de la créature immergée. En optant pour le point de vue d’enfants coincés dans un bus scolaire, sous la pluie battante, attendant qu’une bête géante ne surgisse d’un moment à l’autre, le réalisateur revisite l’un des moments les plus forts de Jurassic Park. En nous livrant l’image surréaliste d’un navire échoué en pleine jungle, il évoque le fameux bateau dans le désert de Rencontres du 3e Type. En choisissant systématiquement de placer sa caméra à hauteur humaine, quitte à ce que les belligérants géants soient difficiles à percevoir dans leur intégralité, il s’inscrit dans le sillage de La Guerre des Mondes. Pour autant, Gareth Edwards ne se contente pas de rendre un hommage énamouré au cinéma de Spielberg. Reprenant à son compte les figures de style de son maître à penser, il les assume (son personnage principal s’appelle Brody, comme Roy Scheider dans Les Dents de la Mer) pour mieux les transcender et en dégager un style très personnel. Comme dans Monsters, l’humain prime d’ailleurs systématiquement, et c’est à travers ses yeux que se vit le drame. A ce titre, le casting est irréprochable, Aaron Taylor-Johnson campant avec beaucoup de justesse un héros malgré lui sans cesse tiraillé entre le retour vers les siens et le devoir à plus grande échelle, Elizabeth Olsen exhalant une sensibilité à fleur de peau extrêmement naturelle, et Bryan Cranston s’éloignant du rôle qui le porta récemment aux nues (Walter White dans la série Breaking Bad) pour incarner un scientifique déchiré par un traumatisme qui le hante jour et nuit.
Les monstres eux-mêmes sont sublimes. Godzilla respecte la morphologie originelle dessinée par Inoshiro Honda et Eiji Tsuburaya, et se déchaine dans des séquences délicieusement iconiques. Gareth Edwards a compris que s’il voulait respecter le personnage original (joué dans toutes ses versions japonaises par un acteur costumé) tout en l’adaptant aux technologies de pointe, il lui fallait l’apport d’un comédien. L’incontournable Andy Serkis et sa compagnie The Imaginarium prêtent donc leur savoir-faire au film pour que le Roi des Monstres bénéficie du naturalisme comportemental offert par la performance capture. Face à Godzilla, les terrifiants «Muto» (Massive Unidentified Terrestrial Organism), mi-insectes mi-dinosaures, se livrent à des actes de destruction extrêmement spectaculaires, au sein de séquences d’action à couper le souffle. Certes, tout n’est pas parfait dans ce nouveau Godzilla. Certaines coïncidences scénaristiques un peu faciles, bon nombre d’incohérences et une poignée de clichés s’y glissent par endroits. Mais ce ne sont que des détails, tant le film nous procure de plaisir et de sensations fortes. Cerise sur le gâteau : Alexandre Desplat, dont l’éclectisme n’est plus a prouver, a composé pour Godzilla une partition flamboyante et emphatique, ses cuivres vigoureux accompagnant pas à pas la plus belle échauffourée de monstres qu’on ait vue depuis bien longtemps.

Gilles Penso