Harrison Ford : l`étoffe d`un héros

lundi 5 novembre 2007

 

Catégorie(s):

Extrait:
Harrison Ford : l`étoffe d`un héros Han Solo, Indiana Jones, Rick Deckard… Le cinéma Fantastique a offert à Harrison Ford les rôles les plus marquants de sa carrière, des rôles de héros intemporels qui ont à jamais marqué l`Histoire du 7e art. Il suffit parfois d`une rencontre pour changer une vie. Harrison Ford, comme de […]

Harrison Ford : l`étoffe d`un héros

Han Solo, Indiana Jones, Rick Deckard… Le cinéma Fantastique a offert à Harrison Ford les rôles les plus marquants de sa carrière, des rôles de héros intemporels qui ont à jamais marqué l`Histoire du 7e art.

Il suffit parfois d`une rencontre pour changer une vie. Harrison Ford, comme de nombreux autres comédiens, peut en témoigner, lui, qui en croisant le chemin, au début des années 70 de George Lucas, a gagné ses galons de star planétaire. Un destin hors du commun pour cet acteur dont les débuts n`ont pourtant pas été faciles. Né en 1942, dans l`Illinois, Harrison Ford débarque à Hollywood en 1965, avec l`espoir de devenir comédien. Il court les castings et signe rapidement un contrat avec la Columbia, qui lui octroie des rôles insignifiants dans des productions sans envergure, puis avec Universal, qui l`emploie dans quelques épisodes de série télé (Le Virginien, L`homme de fer). Déçu de jouer les seconds couteaux ou les faire-valoir, il commence, parallèlement à ces apparitions à l`écran et afin de subvenir aux besoins de sa petite famille, à se lancer dans la menuiserie. Alors qu`il se fait de moins en moins d`illusions quant à son avenir cinématographique, il est choisi par George Lucas pour incarner Bob Falfa, l`un des personnages secondaires d`American Graffitis, chronique de la jeunesse américaine des 50`s, qui réalise un carton au box office. Si sa prestation est remarquée, elle ne lui ouvre pas pour autant les portes de la gloire et Ford continue de galérer. Outre une apparition dans Conversation secrète de Francis Ford Coppola, fidèle ami de Lucas, il se retrouve, en 1976, au casting de The Possessed, un téléfilm d`épouvante, réalisé par Jerry Thorpe, surfant sur le succès de l`Exorciste. Dans cette production, relatant le combat acharné mené par un prêtre contre les forces sataniques qui menace un pensionnat de jeunes filles, l`acteur incarne Paul Winjam, un professeur de biologie quelque peu dépassé par les évènements. Désormais relégué aux oubliettes, ce téléfilm n`assurera évidemment pas la renommée d`Harrison Ford qui, heureusement quelques mois plus tard, voit la chance lui sourire enfin. Travaillant sur Star Wars, son ambitieux projet de Space Opera, George Lucas embauche le comédien afin de donner la réplique aux acteurs postulants lors des auditions. C`est au cours de ces lectures que Lucas prend conscience que Ford serait parfait dans la peau de Han Solo, personnage cynique et atypique pour lequel plusieurs comédiens tels Nick Nolte, Kurt Russel, étaient pressentis. La suite tout le monde la connaît. Star Wars sort en 1977 sur les écrans et fait un véritable carton au box office mondial, propulsant Ford sous le feu des projecteurs. Crevant littéralement l`écran, dans le rôle d`Han Solo, l`acteur voit sa carrière commence à prendre son envol. Il tourne ainsi sous la direction de Coppola, dans Apocalypse Now (où il campe le colonel George Lucas !) et de Robert Aldrich (Frisco Kid) avant de retrouver Lucas, en 1979, pour L`Empire Contre Attaque, deuxième volet de la Guerre des Etoiles. Ce second opus permet à l`acteur d`étoffer son personnage de mercenaire désinvolte et lui permet de volet la vedette à Mark Hamill, alias Luke Skywalker. Grâce à sa prestation, il impose Han Solo comme une figure clé de la saga et marque de son empreinte le film. A tel point que Lucas, dont le choix se portait à l`origine sur Tom Selleck, finit par suivre les conseils de Steven Spielberg et lui confie le rôle d`Indiana Jones dans les Aventuriers de l`Arche perdue. Et une fois de plus, Lucas ne regrettera pas d`avoir vaincu ses réticences et d`avoir fait confiance au comédien. Comme pour Solo, Ford s`approprie littéralement le personnage et, à travers une interprétation pleine d`humour et d`énergie, réinvente le héros de film d`aventure.

D`un monde à l`autre

A peine remis de sa quête de l`Arche Perdue, Harrison Ford s`immerge, en 1981, avec Blade Runner, dans autre univers fantastique, beaucoup plus sombre, à savoir celui de l`écrivain Philip K Dick. Là encore, c`est en quelques sorte un heureux concours de circonstances, qui permet au comédien de décrocher le rôle de Rick Deckard, un privé, qui, en 2019, à Los Angeles, est chargé d`exécuter quatre androïdes rebelles (les répliquants), prêts à tout pour rester en vie. Un héros qui a l`origine devait être interprété par Dustin Hoffman. Ce dernier, qui souhaitait remodeler le personnage, se heurta cependant aux réticences de Ridley Scott et finit par abandonner le projet, au profit d`Harrison Ford. Une véritable aubaine pour l`acteur qui, après La Guerre des étoiles et le premier opus d`Indiana Jones, se voit offrir la possibilité de changer de registre en campant un héros sombre et torturé, en proie aux doutes et à l`introspection. Mais sa collaboration avec Ridley Scott est houleuse. Ford, en effet, n`admet pas de faire de Deckard un répliquant qui s`ignore. Le cinéaste, néanmoins, ne cède pas et le tournage se déroule dans une ambiance conflictuelle. Diffusé en juin 1982 sur les écrans américains soit à la même période qu`E.T. l`extraterrestre de Steven Spielberg (dans lequel, ironie, du sort, Ford fait une apparition sous les traits du directeur d`école d`Elliot, lors d`une séquence coupée au montage), le film ne soulève pas l`enthousiasme des spectateurs et est un échec commercial. Echaudé par cette expérience, Harrison Ford retrouve ensuite son ami George Lucas et revêt à nouveau le costume d`Han Solo, pour Le Retour du Jedi, troisième épisode de la Guerre des Etoiles. Un épisode qui malheureusement est recentré sur Luke Skywalker et qui, au grand désespoir des fans de la saga, relègue l`inénarrable mercenaire au second plan. Malgré ces déconvenues, il reste fidèle à Lucas et enchaîne, quelques mois plus tard, avec Indiana Jones et le temple maudit. Mis en scène par Steven Spielberg, ce deuxième volet, mélange de fantastique, d`horreur et de divertissement familial, joue la carte de l`humour noir et ne lésine pas sur l`hémoglobine. Au risque de dérouter une petite partie du public, qui se presse « moins » nombreux dans les salles (175 millions de dollars amassés au box office contre 230 millions pour les aventuriers de l`Arche Perdue).

Un homme de cœur

Désormais considéré comme un acteur rentable par les studios Hollywoodiens, Harrison Ford croule, au milieu des années 80, sous les propositions. Mais au lieu de se précipiter et d`accepter n`importe quel projet, il préfère prendre son temps et choisit ses rôles avec application. Ayant à l`origine peu d`affinité avec le genre, il délaisse ainsi le fantastique pour se tourner vers des oeuvres plus intimistes, plus réalistes. A l`image de Witness, de Peter Weir, un thriller épuré où il incarne John Brook, un policier contraint de se réfugier dans une communauté Amish, après avoir perturbé l`existence de confrères corrompus. Son interprétation, tout en nuance, lui vaudra sa première (et unique !) nomination aux Oscars et fera l`unanimité auprès des critiques. Ravi de leur collaboration, Peter Weir et Harrison Ford rempileront aussitôt avec Mosquito Coast, projet qui tient à cœur au cinéaste et auquel le comédien adhère aussitôt. Splendide réflexion sur l`Homme et la Nature, Mosquito Coast est accueilli de manière frileuse par la presse et le public et se solde par un terrible fiasco au box office. Déçu par cet échec, Ford poursuit son chemin et s`envole, ensuite (en 1987) pour Paris afin de tourner Frantic, sous la direction de Roman Polanski, avant de donner la réplique à Sigourney Weaver dans Working Girl de Mike Nichols et de retrouver le fouet et le chapeau d`Indiana Jones, en 1989, pour la Dernière Croisade.
A partir du début des années 90, et contrairement à d`autres acteurs qui auraient profité du succès pour multiplier les projets, Harrison Ford préfère lever le pied et décide de ne tourner qu`un film par an. Il alterne ainsi, avec plus ou moins de bonheur selon les cas, thriller intimistes (Présumé Innocent) et spectaculaires (l`efficace Le fugitif), drame (A propos d`Henry) et comédie romantique (Sabrina). Sans oublier, évidemment, Jeux de Guerre et Danger immédiat, deux des adaptations des romans de Tom Clancy, réalisées par Phillip Noyce et où le comédien incarne Jack Ryan, un intrépide agent de la CIA. Ce n`est ainsi qu`en 1999, sous la houlette de Robert Zemeckis, que le comédien renoue avec le Fantastique dans Apparences, où il campe, pour l`une des premières fois de sa carrière, un être particulièrement inquiétant en la personne du docteur Norman Spencer. Mettant en scène un couple, à priori sans histoire, dont la femme est sujette à des visions fantomatiques, cet efficace thriller surnaturel permet à Ford, terrifiant dans la peau de ce médecin froid et méticuleux, d`exprimer une nouvelle facette de son incontestable talent.
Acteur discret et exigeant, qui s`implique corps et âme dans tous ses personnages, Harrison Ford est aujourd`hui l`un des acteurs les plus populaires de la planète. Ayant joué dans quelques-uns des plus gros succès de tous les temps (les trilogies Star Wars et Indiana Jones), il occupe une place de choix dans la légende du 7e art et n`a désormais plus rien à prouver. De plus en plus rare sur les écrans mais fidèle en amitié, le comédien, que l`on a vu dernièrement dans Firewall, thriller high-tech et dénué d`intérêt de Richard Loncraine, a fini par accepter la proposition de Steven Spielberg et George Lucas et vient donc, à 67 ans, d`endosser, pour la quatrième fois de sa carrière, le rôle du docteur Jones. Un rôle mythique qui lui va à ravir et qui illustre à quel point les héros sont éternels.

Erwan Bargain