Hommage à H.R. GIGER (1940-2014) (voir ci-dessous)

mardi 13 mai 2014

 

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Hommage à H.R. GIGER (1940-2014) Le père d’Alien a regagné les étoiles Au moment de boucler ce numéro, la nouvelle nous tombe sur la tête comme un coup de tonnerre : Hans Ruedi Giger, le père d’Alien, est décédé lundi 12 mai à Zurich, des suites d’une mauvaise chute. Il avait 74 ans. Ce fabuleux […]

Hommage à H.R. GIGER (1940-2014)
Le père d’Alien a regagné les étoiles

Au moment de boucler ce numéro, la nouvelle nous tombe sur la tête comme un coup de tonnerre : Hans Ruedi Giger, le père d’Alien, est décédé lundi 12 mai à Zurich, des suites d’une mauvaise chute. Il avait 74 ans. Ce fabuleux créateur de monstres composites, qu’il appelait ses “biomécaniques”, a laissé sa trace dans le cinéma de genre – pas assez sans doute considérant ce qu’il aurait pu y apporter…

Né à Coire, en Suisse, le 5 février 1940, Giger s’est toujours dit marqué par La Belle et la Bête, le film de Jean Cocteau, ce qui l’oriente très tôt vers le Fantastique. Fils de pharmacien, il déçoit son père en refusant de prendre sa suite, préférant construire dans le grand appartement parental un train fantôme qu’il fera visiter à ses copains de classe, payant pour les garçons, gratuit pour les filles. À partir de 1953, il étudie pendant quatre ans les arts décoratifs et le dessin industriel à Zurich, au Gymnase Cantonal, puis à Technikum où il obtient une maîtrise. Il commence à placer des dessins à l’encre de Chine dans des revues underground (Clou, Schoengeist, Fallbeil), travaille sur des projets d’affiches ou de pochettes de disques, crée une série, “Enfants Nucléaires”, entre Topor et Hans Bellmer, une autre de ses admirations. Mais son style s’affine et il va passer à la peinture, qui lui permet d’aborder les premières structures devant donner un peu plus tard naissance à ce qu’il appellera ses biomécaniques : des créatures semblant faites d’os désassemblés et réassemblés. S’intéressant aux théories de Freud sur le rêve, il peint une nouvelle série de toiles, Un festin pour le psychiatre, que suivra en 1968 un Hommage à Samuel Beckett (1968), réalisé à l’huile, où son univers prend forme – corps martyrisés incrusté dans un environnement de métal. Sa technique préférée reste cependant l’aérographe, ou “pistolet à peinture”, avec lequel il sculpte littéralement, mais à deux dimensions, ses anatomies où le biologique fait corps avec le métal, l’impression de relief étant accentuée par des couleurs monochromes aux reflets métalliques. Lovecraft figurant également au titre de ses influences, Giger, en 1968, travaille pour le magazine Cthlulhu-News, regroupant ensuite nombre de ses œuvres dans l’album Giger’s Necronomicon en 1971.
Ces travaux n’échappent pas à Ridley Scott, alors qu’il prépare Alien. Malgré les réticences de la Fox, Scott engage Giger, qui va créer toutes les métamorphoses de la créature, depuis les œufs germinatifs jusqu’à la créature adulte, quintessence de sa biomécanique, en passant par le Face Hunger et de nombreux décors : le vaisseau étranger et la carcasse du pilote spatial (ou Space Jockey), toutes créations ayant nécessité de véritables os que Giger allait chercher aux abattoirs. Nul doute que la réussite du film ne tienne pour une bonne part à ses créations, qui résultent de vingt ans de recherches et pour lequel il reçoit un Oscar en 1980. Il est alors d’autant plus étonnant que, pour les opus suivants, il ne fut plus sollicité, seulement cité. Auparavant, Giger avait été contacté par Alejandro Jodorowsky pour son méga projet Dune, auquel il travaille pendant deux ans, concevant notamment l’environnement des Arkonnen, avant que le film, suite aux mésaventures qu’on sait, ne soit abandonné. D’autres déconvenues vont suivre, qui tisseront la route du plus lovecraftien des créateurs de monstres ; ce qui, avec le recul, apparaît au mieux comme une injustice, au pire comme un beau gâchis.
Giger fait un passage sur Poltergeist II (1986, de Brian Gibson), à l’occasion d’une scène d’invocation spectrale. Il est un peu plus heureux avec La Mutante (Species, 1995), de Roger Donaldson, avec son monstre féminin. On le voit également travailler sur l`attraction Captain EO (1986) à Disneyland en créant la Spider Queen et sa planète biomécanique. Citons enfin, parmi les fantômes de films qui n’ont jamais atteint l’écran : Death Star, Hellraiser in Space et surtout, en 1980, The Tourist, écrit par une jeune scénariste, Clair Noto, histoire d’extraterrestres clandestinement réfugiés sur Terre, et qui aurait dû être produit par Coppola. Mais le projet s’enlise, la sortie de Men in Black l’enterrant définitivement. Pour ce qui est du parodique Killer Condom (1996, de Martin Walz d’après la BD de Ralf Köning), il se borne à être consultant, ce qui veut tout dire… En 2010, Ridley Scott fait de nouveau appel à lui pour le Prometheus qu’il est en train de préparer. Mais, suite aux constants changements de cap de film, Giger n’est finalement crédité que du design original de certains éléments. Réalisateur, il est l’auteur d’un long-métrage co-signé par Fritz E. Mäder, Fredi M. Murer et l’écrivain Yves Yersin (également co-scénariste) : Swiss Made (1968). Il a également tourné plusieurs documentaires courts sur ses créations : Hight and Heimkiller (1967, avec Fredi M. Murer), Tagtraum (1973), Giger’s Necronomicon (1975, avec J. J. Wittmer), Giger’s Alien (1979, avec Wittmer) et A Nex Face of Debbie Harry (1982) sur la chanteuse punk britannique, pour qui il a également réalisé la pochette d’un disque et des affiches qui lui furent refusées. Il se rattrape avec le groupe Triptykon, pour leurs albums “Earistera Daimones” et “Melana Chasmata.”
Le sculpteur, lui, outre de nombreux meubles biscornus, crée à Coire son “Giger Bar,” à l`étonnante porte pour dieux monumentaux : «Ce n`est que, agrandie trois fois, la porte de mon armoire» précise-t-il. Un autre Giger Bar existe à Tokyo, paraît-il aux mains des yakuzas. En 1998, l’artiste a acquis le Château Saint-Germain à Gruyères, en Suisse, qui abrite désormais le Musée Giger, dépôt permanent de son travail, près duquel il a créé en 2010 un autre lieu de perdition, le Skeleton Bar, dont l’intérieur ressemble beaucoup à celui du vaisseau E-T d’Alien. On pourra toujours y aller boire un verre, à la mémoire d’un des créateurs plastiques les plus originaux au monde.

Jean-Pierre Andrevon