IAN McDIARMIND

lundi 5 novembre 2007

 

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Interview IAN McDIARMIND (Le sénateur Palpatine/L’Empereur) La perfidie dans la peau Quand vous êtes apparu dans Le Retour du Jedi, avez-vous imaginé, ne serait-ce qu’un instant, que vous interpréteriez encore le rôle de l’Empereur seize ans plus tard, en 2004 ? Non. Ce fut une expérience absolument extraordinaire. À l`origine, j’étais venu me présenter à […]

Interview
IAN McDIARMIND (Le sénateur Palpatine/L’Empereur)
La perfidie dans la peau

Quand vous êtes apparu dans Le Retour du Jedi, avez-vous imaginé, ne serait-ce qu’un instant, que vous interpréteriez encore le rôle de l’Empereur seize ans plus tard, en 2004 ?

Non. Ce fut une expérience absolument extraordinaire. À l`origine, j’étais venu me présenter à George pour auditionner alors qu’il faisait une pause, pendant la préparation du tournage. Il était si occupé qu’il n’avait pas le temps de déjeuner. On s’est seulement parlé quelques minutes. À peine rentré à Londres, mon agent m’appelle pour me dire que j’ai eu le rôle. “Quel rôle ?” lui ai-je demandé. Il m’a répondu : “Celui de l’Empereur de l’univers !” (Rires). Après cela, on a forcément l’impression de descendre dans l’échelle sociale en interprétant un autre personnage ! (Rires). J’ai gardé un excellent souvenir du Retour du Jedi, car je me suis investi totalement dans cette aventure. Mais, bien sûr, j’étais loin d’imaginer retrouver cet univers un jour !

Comment l’aventure de la nouvelle trilogie a-t-elle commencé pour vous ?

Par une nouvelle réunion très brève avec George Lucas, dans une chambre d’hôtel. il m’a demandé : “Que voudriez-vous boire ?”, j’ai répondu : “Je prendrai de l’eau minérale gazeuse, s’il vous plait”. Il m’a dit ensuite : “À propos, connaîtriez-vous par hasard quelqu’un qui veuille jouer le rôle d’un Empereur ?”. J`ai répliqué : “C’est drôle que vous me posiez cette question, car j’ai justement quelqu’un en tête…”. Ce à quoi il a rétorqué : “Bon, c’est parfait, vous êtes engagé. Vous pouvez me rendre l’eau minérale dans ce cas” (Rires). George ne m’avait révélé alors que quelques petits secrets sur l’intrigue, mais pas tout. C’est d’ailleurs à cela que l’on reconnaît un conteur de son calibre : il ne dévoile jamais au préalable, les parties les plus savoureuses de l’histoire. Il m’a dit que mon personnage évoluerait d`un rôle mineur à un statut capital entre les Episodes 1 à 3. Mais j’étais loin d’imaginer dans quelles proportions. À ce moment-là, j’ai commencé à réaliser que si Dark Vador était la créature la plus diabolique de l’univers et probablement de toute l’Histoire du Cinéma, mon personnage devait être encore pire ! J’ai fini par me faire à cette idée avec le temps (Rires).

Avez-vous apprécié de pouvoir enfin interpréter le côté diabolique du personnage dans l’Episode 3, alors qu’il avançait “masqué” en quelque sorte dans les deux précédents volets ?

Oui, j’ai été vraiment comblé de jouer ces scènes lors desquelles ses agissements sont de plus en plus machiavéliques. J`ignorais jusqu’à quel degré de cruauté il allait soumettre son entourage, et je l’ai appris en lisant le script. J’ai découvert aussi que l’Empereur savait bien se battre avec un sabre laser, ce que je n’aurais jamais deviné. Jusqu’à présent son pouvoir résidait dans sa tête et dans les éclairs qu’il pouvait projeter de ses doigts. J’en ai donc déduit que j’allais devoir devenir un as de l’escrime laser dans les plus brefs délais ! (Rires). C’est grâce à Michael Burn, qui était ma doublure cascade dans le film, et qui est un remarquable maître d’escrime, que j’ai pu faire illusion au cours des combats filmés en gros plans.

Reverra-t-on l’Empereur dans la série télévisée Star Wars ?

Il est encore trop tôt pour le dire. Je crois que nul ne le sait pour l’instant. Je sais que George à l’intention de raconter les évènements qui se déroulent entre l’Episode 3 et l’Episode 4. On fera donc certainement référence à l’Empereur et aux agissements de ses troupes dans ce contexte. Cela dit, n’oubliez pas que même si l’on parlait de l’Empereur dans l’Episode 4 de Star Wars, le premier sorti en salles, on ne le voyait jamais à l’image. C’était Peter Cushing qui le représentait. Mais quoi qu’il en soit, je réponds toujours quand mon téléphone sonne (Rires).

Comment avez-vous trouvé la voix de l’Empereur ?

Quand j’ai découvert son visage, ce masque hideux, dans la loge de maquillage des studios Elstree, il y a bien longtemps. À l`époque, le réalisateur Richard Marquand m’a dit : “Si vous vous rapprochez de la voix de Clive Revell – qui avait doublé l’acteur interprétant brièvement l’Empereur dans L’Empire contre-attaque – peut-être George conservera-t-il votre voix dans le film !”. Je n’avais pas alors l`idée que je risquais d’être privé de ma voix ! En fait, Clive avait déjà enregistré tous les dialogues du Retour du Jedi en une matinée dans un studio. Mais contrairement à lui, j’ai eu la chance de pouvoir me familiariser avec le visage de l’Empereur, avec ce rôle, et d’y réfléchir plus longtemps. Je me suis dit qu’il semblait venir des entrailles de la terre, et qu’il ressemblait aussi à un crapaud. Je me suis donc lancé en imaginant cette voix qui est presque un croassement parlé. J’ai la chance d’avoir une voix qui s’étend sur deux octaves, et j’en ai profité pour imiter aussi un peu les voix très graves des acteurs Japonais du théâtre Kabuki. George a aimé cette voix dès qu’il l’a entendue, et vingt ans plus tard, j’ai eu le plaisir de retrouver ce personnage et ses intonations sinistres.

Comment vous êtes-vous préparé à cette transition entre l’insidieux sénateur Palpatine et Dark Sidious ? Vous avez en quelque sorte recréé votre performance d’acteur d’il y a plus de vingt ans…

C’était très intéressant. George m’a mis sur la voie du personnage en me disant : “Lorsque vous pensez à Palpatine, imaginez qu’il sert de “lentilles de contact” à Dark Sidious”. Autrement dit, le visage de Palpatine, mon visage, est le masque qui recouvre celui de l’Empereur. C’était une chose extrêmement intéressante à dire à un acteur. Et je savais que la révélation du visage de Sidious serait brillamment réalisée par Rob Coleman et par l’équipe d’ILM. J’attendais avec beaucoup d’impatience ce moment qui est un peu ma séquence “Docteur Jekyll et Mr Hyde” ou “Dorian Gray” ! (Rires). Quand nous l’avons tournée, George ne cessait de rapprocher la caméra de mon visage. À la fin, l’objectif touchait presque mon nez ! Je savais qu`il me fallait alors donner toute mon énergie.

Pensez-vous que les agissements de l’Empereur puissent permettre aux jeunes spectateurs de comprendre par le biais de la fiction comment un régime corrompu peut prendre le pouvoir dans une démocratie ?

L’Empereur est un homme politique et un leader corrompu et malfaisant. Dans la réalité, de tels personnages sont légion, que ce soit en Angleterre ou aux USA, où les candidats à la comparaison abondent ! (Rires). Pour revenir à votre question, là ou la fiction rejoint la réalité, c’est évidemment que George s’est directement inspiré de l’Histoire, et notamment de la manière dont Hitler a conquis le pouvoir en Allemagne. Je sais que certains spectateurs n’ont pas été passionnés par l’intrigue qui décrit les alliances avec la fédération du commerce. Mais si on analyse bien le récit de la saga, et si l’on voit les films dans l’ordre chronologique, on se rend compte que c’est par là que Palpatine commence à tisser lentement sa toile, sans que quiconque ne puisse le soupçonner. Cela prouve une fois encore le talent de George à concevoir ses scripts, mais démontre aussi qu’il a su parfaitement analyser l’Histoire récente et la transposer sous la forme d’un divertissement.

Quelles ont été les parties du rôle les plus et les moins complexes à jouer ?

Je n’ai pas eu de mal à interpréter un politicien corrompu qui sourit tout le temps. Les difficultés résidaient pour moi dans les scènes d’action et les combats à l’épée, et notamment la séquence où je tente de persuader Anakin de projeter Mace Windu par la fenêtre. Nous avons eu des petits problèmes ce jour-là qui nous ont poussé à bouleverser notre planning. J’ai appris une chorégraphie avec Nick Gilliard, mais lorsque George l’a vue, il a souhaité me voir davantage en gros plan et en plan moyen pendant cette scène. Il voulait capter mon énergie dans cette scène, et le procédé initialement envisagé – utiliser un cascadeur et superposer ensuite mon visage au sien – devenait caduque. Nous avons tout repris à zéro sur le plateau ce jour-là. Quand on n’est pas un bretteur expérimenté, c’est une expérience excitante mais difficile. Le combat avec Yoda a été très intéressant à tourner aussi, car il m’a permis de découvrir ce que l’on ressentait en affrontant un adversaire invisible, c`est-à-dire contre un personnage 3D ajouté plus tard dans l’image. C’était une chorégraphie très précise dans ce cas aussi. À la fin du tournage de cette scène, George m’a demandé d’improviser et je me suis donc lancé dans une série de gestes d’attaque démoniaques, en y mettant toute mon énergie. À la fin, je me suis écroulé de rire et d’épuisement. L`une des scènes que je trouve les plus intéressantes est celle de l’Opéra, où je distille le poison de mes pensées en Anakin. Nous sommes simplement assis l’un à côté de l’autre, mais pour moi, c’est aussi une scène spectaculaire, car ce sont les pensées que l’on voit en action.

Qu’avez-vous ressenti en interprétant dans la nouvelle trilogie un personnage plus jeune que celui que vous incarniez dans Le Retour du Jedi ?

J`étais un peu désorienté au début. J’ai été engagé à trente ans pour jouer un Empereur de 120 ans, puis rappelé au début de la cinquantaine pour jouer le même personnage, mais à un âge proche du mien. En fait, je ne me suis pas encore remis de ce traumatisme (Rires). C’est un merveilleux défi pour un acteur et je me réjouis de revoir les films dans l’ordre chronologique, car ce sera une expérience unique.

Vous êtes-vous inspiré d’un personnage particulier pour rendre Palpatine à la fois si séduisant et si terrifiant ?

J’ai pensé à Satan se déguisant en serpent dans le jardin d’Eden. Et aussi à la manière dont il est décrit dans le poème de Milton, « Le paradis perdu ». Satan apparaît d’abord sous la forme d’un cormoran, un oiseau ténébreux qui se pose sur l’arbre de la connaissance, afin de rassembler des informations sur ce lieu. Il prend ensuite l’apparence de nombreux animaux, puis décide de conserver celle d’un serpent. Et le serpent parle à Eve, à son grand étonnement, et lui offre la pomme, et la perfidie commence… Palpatine est à la fois le diable incarné et un être d`apparence humaine. Je crois que de nombreux Palpatine hantent l’Histoire passée et contemporaine, malheureusement. Je n’ai pas cherché à m’en inspirer, mais j’ai plutôt laissé mon instinct de comédien me guider.

Vous êtes-vous réjoui d`incarner le personnage le plus malfaisant de toute la Saga Star Wars ?

Oui, énormément ! Quand j’étais enfant et que je m’amusais avec mes camarades, je voulais toujours jouer le méchant ! (Rires) J’ai été ravi de surpasser Dark Vador en vilenie et j’éprouve beaucoup de plaisir à m’en amuser dans la vie réelle.

Nous avons été frappés par l’expression de joie mauvaise que l’on peut lire sur votre visage lorsque vous combattez Yoda…

Oui, c’est l’accomplissement de l’un des plus chers vœux de l’Empereur : se retrouver enfin en face de son égal, son pire ennemi. Ce qui est amusant, quand on y réfléchit, c’est que Yoda est une sorte de grenouille, alors que l’Empereur a une allure et une voix de crapaud ! (Rires). Et naturellement, c’est le crapaud qui gagne ! (Rires).

Vous a-t-on montré beaucoup de séquences préparatoires en 3D, pour vous aider à visualiser l’action de cette séquence ?

Non, pas vraiment. On m’a montré de merveilleux story-boards, et Nick Gillard m’a appris les gestes qui correspondaient à l’action voulue. Et j’ai fini par faire quantité de sauts et d’actions filmées dans le désordre, qui ont été savamment assemblées ensuite pour aboutir à cette confrontation. J’adore le moment où Sidious dit : “J’ai attendu ce moment pendant longtemps, mon petit ami verdâtre…”.

Vous ne semblez pas avoir été perturbé par le tournage sur fond bleu, alors que d’autres comédiens disent se sentir perdus sans les repères d’un décor classique…

Le fond bleu ne m’a pas dérangé, mais je comprends le sentiment de certains collègues. Mes scènes étaient moins difficiles que certains combats contre des armées de personnages 3D. Je peux comprendre que l’on soit désorienté lorsqu`il s`agit de pourfendre des dizaines d’ennemis invisibles, et mémoriser des chorégraphies longues et complexes dans un environnement bleu. Mais quand on voit le résultat final, on se dit que ça valait la peine de souffrir un peu.

Est-il vrai que George Lucas ne parle guère avec ses acteurs, sur le plateau, et ne leur décrit pas en détail les motivations de leurs personnages ?

Oui, c’est vrai. Mais je crois que lorsque George vous choisit, c’est parce qu’il est convaincu que vous saurez être le personnage, et que vous comprendrez le contexte de la scène sans qu’il ait besoin d’en dire plus qu`il n`est écrit dans le script. Il n’est pas non plus énigmatique, ou silencieux sur le plateau, loin s’en faut. On pourrait résumer en disant qu’il vous fait confiance pour créer l’interprétation du personnage. Mais si on vient le voir pour lui demander des indications, il vous donne des renseignements très utiles et précis.

Quelle est votre scène préférée dans l’Episode 3 ?

Celle de l’Opéra, sans aucun doute. C’est la plus intéressante et la plus subtile. J’aime aussi beaucoup l’idée de George de la situer dans un lieu théâtral, ce qui souligne discrètement le fait que des évènements dramatiques sont en train de se préparer.

Combien de temps fallait-il pour appliquer le maquillage de l’Empereur et avez-vous aimé vous servir de ce faciès ?

Pendant le Retour du Jedi, il y a vingt ans, la séance de maquillage durait quatre heures. Le masque était conçu en trois parties appliquées successivement sur le haut du visage et les joues. Le reste était fait avec du latex appliqué sur ma peau tendue, de manière à former des rides. Les techniques ont beaucoup évolué depuis. Pendant l’Episode 3, une sorte de cagoule recouvrait tout mon visage. Les maquilleurs appliquaient ensuite du fond de teint sur ma peau et sur le masque, et ajoutaient toutes sortes de détails très subtils. La première séance de maquillage a duré 2h45, mais au bout de quelques jours, elle se limitait à 2 heures. Se faire maquiller n’est pas du tout déplaisant. Au contraire, c’est un moment de détente qui vous permet de vous préparer, de vous concentrer sur votre rôle. On peut même se relaxer au point de s`endormir ! (Rires). Pour éviter cela, les maquilleurs ont eu la gentillesse de diffuser des dvd de Laurel et Hardy et de La Panthère Rose dans la loge. C’était un peu dangereux, car je ne pouvais m’empêcher d’éclater de rire, ce qui était délicat au moment où on collait les coins du masque autour de ma bouche ! La seule partie un peu pénible concernait le port de lentilles de contact, car mes yeux sont très sensibles. Nous avons également souffert en studio car ils sont équipés de ventilateurs très puissants qui brassent toute la poussière accumulée sur les infrastructures des plateaux, et l`on respire des tonnes de particules en suspension dans l’air, ce qui est très désagréable.

Quels sont les meilleurs souvenirs que vous garderez de Star Wars ?

Il y en a tant… En dépit du fait que cette saga soit la plus lucrative de tous les temps, l’ambiance était décontractée et agréable pendant le tournage, comme s’il s’agissait d’un petit film indépendant. Le fait que George contrôle tous les aspects du film est également très satisfaisant, car il sait ce qu’il fait. Il a ainsi réussi à nous préserver de l’atmosphère stressante et survoltée des productions hollywoodiennes. Je garderai donc un souvenir très agréable du travail que nous avons accompli ensemble depuis vingt ans.

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau