IL ÉTAIT UNE FOIS : LA REVANCHE DES SITH

lundi 5 novembre 2007

 

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IL ÉTAIT UNE FOIS : LA REVANCHE DES SITH Avec La Revanche des Sith, George Lucas joue son ultime carte. Si son film est un succès, c’est toute la galaxie Star Wars qui rayonnera de nouveau. En cas d’échec, nous n’aurons pour toute consolation qu’une énième vision de la “trilogie originale”. En attendant de découvrir […]

IL ÉTAIT UNE FOIS :

LA REVANCHE DES SITH

Avec La Revanche des Sith, George Lucas joue son ultime carte. Si son film est un succès, c’est toute la galaxie Star Wars qui rayonnera de nouveau. En cas d’échec, nous n’aurons pour toute consolation qu’une énième vision de la “trilogie originale”. En attendant de découvrir si, comme nous l’espérons tous, Lucas a gardé le meilleur pour la fin, opérons un petit retour sur une production aussi délicate qu’attendue…

Entamée en 2000, la production de la seconde (et dernière) trilogie Star Wars arrive à son terme. Avec la sortie de La Revanche des Sith, c’est une fresque galactique épique de six films qui se conclue, nous offrant une vision désormais conforme aux ambitions de son créateur, George Lucas. Que de chemin parcouru depuis la première mondiale durant l’été 1977 de Star Wars – New Hope ! À l`époque, il n’est pas encore question d’une trilogie ou même d’une quelconque notion d’épisode, mais d’un film de science-fiction ambitieux, décalé et profondément novateur dans bien des domaines (SFX, narration, découpage, univers). Sans le vouloir, Star Wars révolutionne le 7e art et ouvre une voie vers une dimension inconnue : l’imaginaire débridé.

Aux racines du Mal

Après avoir remasterisé en 1997 la trilogie originale à l’occasion du 20e anniversaire, George Lucas estime les possibilités technologiques suffisantes pour réaliser une prélogie centrée sur le personnage d’Anakin Skywalker et l’avènement de l’Empire.
Seize ans après Le Retour du Jedi, Star Wars : Episode I – La Menace Fantôme (1999) sort sur les écrans du monde entier dans une effervescence qui frise l’hystérie. Comme souvent lors d’un projet trop attendu, les critiques sont nombreuses, les désillusions sauvages et les fans dithyrambiques. Dans un cas pareil, il n’est plus question d’objectivité mais bien d’une passion incontrôlable qui détruit autant qu’elle encense. Mais qu’on aime ou qu’on déteste, ce premier épisode ne laisse personne indifférent. Néanmoins Georges Lucas se sent obligé de prendre la défense de son film en précisant qu’il s’agit “du préambule de la saga. L’Episode I présente les personnages, pose les enjeux et expose la toile de fond. Contrairement à la première trilogie, que je n’avais pas les moyens d’envisager tout de suite en tant que telle, j’ai écrit la prélogie en sachant que je tournerais trois films. Sur le plan narratif, c’est très différent ! Cela explique que L’Episode I paraisse moins épique que les autres. Mais une fois que vous aurez vu l’ensemble, je pense (j’espère) que votre approche sera différente. En tout cas je suis fier du résultat !”.

État des lieux

La prélogie situe son action 32 ans avant les évènements relatés dans la trilogie originale. Deux thématiques y sont traitées en parallèle : le passage d’Anakin Skywalker du Côté Obscur et l’inexorable ascension du sénateur Palpatine jusqu’au rang d’Empereur despotique. Si ces deux intrigues sont liées (la première étant la conséquence de la seconde), c’est celle qui concerne Palpatine qui reste la plus complexe. Pour la comprendre il faut garder en tête que Palpatine et le seigneur Sith Darth Sidious ne font qu’un.
Outre Darth Maul (qui n’est qu’un apprenti Sith sans grande envergure), c’est grâce à Darth Tyranus (plus connu sous le nom du Comte Dooku) que Darth Sidious tisse sa toile. Tout d’abord il parvient à convaincre la Fédération du Commerce d’imposer un blocus à la planète Naboo, en sachant qu’une telle décision entraînerait la destitution du Chancelier Suprême, rendu impuissant par la lourde bureaucratie sénatoriale. Puis il envoie Darth Tyranus et Jango Fett sur la planète Kamino pour y passer commande d’une gigantesque armée de clones, soi-disant destinée à la République. Enfin, avec l’aide du Comte Dooku, il manipule les puissants empires commerciaux pour créer le “Mouvement Séparatiste”, profitant des ressources financières et militaires de ces consortiums pour lancer une vaste offensive contre la République (la Guerre des Clones).
Sous les traits du sénateur Palpatine, il profite du désaveu du Chancelier Suprême pour prendre sa place. Puis les actes terroristes perpétrés par les dissidents et quelques habiles manipulations lui permettent l’obtention légale des pleins pouvoirs. Aussitôt il fait appel à l’armée de clones – qu’il fait découvrir, le moment venu et pour ne pas éveiller l’attention, par les Jedi – pour protéger la République de la menace séparatiste. Enfin, en guise de bonus, il pervertit l’esprit du plus puissant Jedi (Anakin Skywalker) pour en faire son nouvel apprenti.
En jouant sur les deux tableaux, Darth Sidious parvint à éradiquer les empires commerciaux et les Jedi qui représentaient un risque majeur pour ses plans, tout en utilisant les ressources de la République pour se créer une armée conquérante appelée à devenir l’armée Impériale. Voilà résumée l’intrigue principale de la prélogie, le reste n’étant finalement que des détails – certains d’une importance capitale évidemment.

La Revanche des Sith

Lorsque débute La Revanche des Sith, la guerre des clones dure depuis trois ans et s’est étendue à l’ensemble de la galaxie. Le Chancelier Palpatine vient d’être enlevé par le Général Grievous, droïde tueur de Jedi, obligeant Obi-Wan et Anakin à voler à son secours (au sens propre comme le prouve la scène d’ouverture). Puis les évènements s’enchaînent très vite : Anakin apprend que Padmé est enceinte, il devient le représentant officiel de Palpatine au Conseil Jedi, lequel lui refuse le titre de “Maître Jedi” mais lui demande de surveiller le Chancelier dont l’attitude est jugée suspecte. Obi-Wan se lance à la poursuite de Grievous, tandis que Yoda va prêter main-forte aux Wookies. Dans le même temps, Mace Windu tente d’arrêter Palpatine pour trahison. Tentative avortée qui se solde par la mort du Jedi et la naissance officielle de Dark Vador. Dès lors les Jedi sont considérés comme ennemis de la République et Palpatine donne “l’Ordre 66” qui réclame leur exécution immédiate. Au final, deux duels titanesques opposeront Yoda à Sidious et Obi-Wan à Vador, Padmé mettant au monde ses deux enfants avant de mourir.

Age sombre

La conception de ce dernier chapitre représentait un défi à la fois technique, narratif et idéologique. Jusqu’à présent George Lucas pouvait se permettre d’aller où bon lui semble sans avoir à se soucier d’une quelconque continuité directe avec la trilogie suivante. L’Épisode III, de par son statut de film-charnière, se devait d’apporter des réponses aux multiples questions posées tout au long des films précédents, tout en concluant de manière convaincante la prélogie ET la saga tout entière. Pari difficile auquel s’ajoute la pression du public et de la critique espérant à chaque fois découvrir un diamant aussi flamboyant que l’était L’Empire contre-attaque.
Très vite Lucas annonce que cet opus sera de loin le plus sombre de la saga et pourra même se voir sanctionner d’une interdiction aux moins de 13 ans (ce qui est effectivement le cas, fait unique pour un Star Wars). Ensuite il se veut rassurant quant aux réponses attendues par les fans : l’amnésie frappant C3-PO et R2-D2 lors des chapitres suivants, la disparition du corps des Jedi morts, le retraite de Yoda sur Dagobah, la transformation physique de l’Empereur, l’avenir de Luke et Leia et pourquoi Vador ne les recherche pas, le recul technologique d’une trilogie à l’autre, l’absence de droïdes de combat, etc.
Mais le vrai challenge se trouve ailleurs. Si les Épisodes I et II jouissaient d’une liberté totale de mouvement – tant géographique qu’historique – le troisième traite d’évènements majeurs et connus du public puisque abordés régulièrement lors de la première trilogie. Dans ces conditions comment entretenir le suspense, créer le mystère et installer la tension indispensable à la réussite de l’entreprise ? C’est là toute la difficulté de ce film. Nous savons que la République va s’effondrer, que Anakin va perdre son duel contre Obi-Wan et tomber dans un torrent de lave, que les Jedi vont être exterminés et que Padmé va accoucher de jumeaux. Et pourtant l’excitation est à son comble au fur et à mesure que les bandes-annonces apparaissent sur Internet, que de nouvelles images sont dévoilées et que l’on découvre peu à peu ce qui s’annonce comme un grand moment de cinéma.
Fait encore plus étonnant, la novélisation, le scénario et l’adaptation en format comics sont d’ores et déjà disponibles, prouvant que Lucas sait très bien que ce n’est pas tant sur le fond qu’il doit travailler, mais plutôt sur la forme. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que Star Wars retrouvera toute sa superbe perdue avec les deux premiers films.

L’harmonie retrouvée ?

La “forme”, c`est la rigueur dans les détails, qui ne doit rien laisser au hasard, offrir suffisamment d’espace, d’homérisme et d’inattendu pour happer un public qui aurait peut-être tendance à suivre le film sans grande motivation, juste pour voir ce que donne telle ou telle séquence. L’enjeu majeur est donc l’harmonisation de la saga dans sa totalité. Si L`Épisode III parvient à combler le spectateur dans ses attentes et le tranquilliser dans ses doutes, tout en justifiant les choix faits par Lucas depuis 1997 et ses “Editions spéciales” (la trilogie initiale, à force de se voir retravaillée n’ayant plus grand chose en commun avec les vraies versions originales), alors le défi sera largement réussi et propulsera Star Wars vers l’infini et au-delà. Dans le cas contraire, seule la trilogie originale demeurera dans les mémoires, la prélogie devenant un simple produit pop-corn.
Force est de reconnaître, cependant, que même si la « magie » ne pourra jamais opérer comme ce fut le cas entre 1977 et 1983 (autre temps, autres moyens, autre époque bien avant l’ère du numérique), la prélogie fonctionne parfaitement. Seuls les plus pointilleux iront fouiller dans les recoins pour y dégoter une incohérence par-ci, une confusion par-là, sans tenir compte de la richesse et de la force amenées par cette série.
Certes, George Lucas n’est pas le réalisateur du siècle. Certes, son univers est largement inspiré des œuvres de Tolkien, des légendes arthuriennes et des mythes antiques. Mais souvenons-nous du bonheur ressentit face aux exploits de Han Solo, Luke Skywalker et Leia Organa. Sans doute Lucas a-t-il raison lorsqu’il déclare que les Star Wars sont d’abord destinés aux enfants. Peut-être faut-il regarder ces films avec candeur et naïveté pour en savourer tous les parfums. Pourtant l’interdiction aux moins de 13 ans démontre la volonté de Lucas de répondre aux réclamations incessantes des fans avides de noirceur. S’ajoute le fait que le scénario de la prélogie est sacrément alambiqué pour des gamins.

Entre deux guerres

Fin 2003 apparaît la série animée Clone Wars, nous permettant de suivre les batailles majeures du conflit. La première saison se compose de 20 épisodes de 3 minutes chacun et nous plonge au cœur de la guerre clonique en commençant là où se terminait L’Attaque des clones. Nous y faisons la connaissance de personnages inédits (Général Grievous, Asajj Ventress, Kitt Fisto ou encore Durge) et d’évènements marquants (batailles de Kamino, Mon Calamari et Coruscant, enlèvement de Palpatine). Réalisée par Genndy Tartakovsky (Samouraï Jack), la série choque d’abord par ses choix graphiques. Des traits anguleux, une approche presque caricaturale des protagonistes (en particulier Palpatine et Yoda) et surtout une ambiance résolument différente des films. Pourtant le succès est immédiat et une seconde saison est programmée. Répartie sur 5 épisodes de 12 minutes, elle fait le lien entre L`Attaque des clones et La Revanche des Sith, en tenant compte d’un cahier des charges très strict : pas question de tuer un héros ou de révéler quoi que ce soit qui pourrait desservir le second film. Cette saison 2 s’attache à mettre en place les derniers éléments conduisant à la Revanche des Sith, devenant une sorte de préambule animé : à la place du fameux texte d’introduction, Lucas pourrait diffuser cette série !
À ce jour Tartakovsky et Lucas envisagent une troisième saison sans donner davantage de précision. Vraisemblablement, c’est sur l’intervalle compris entre les deux trilogies que devrait se focaliser une nouvelle série. Après tout nous ne savons rien de la vie de Yoda, Obi-Wan, Leia, Han et Luke durant cette phase – exception faite des romans que Lucas ne cautionne plus.
Autre interrogation, la réalisation d’une troisième trilogie située après Le Retour du Jedi. À l`origine Lucas décrétait que Star Wars se composait de neuf parties. Puis le temps passant, il est revenu sur ses déclarations pour finalement s’arrêter sur six films. À sa décharge, notons que de très nombreux romans ont largement couvert cette période et qu’il est donc possible de connaître la destinée des héros. Néanmoins Lucas précise : “Star Wars est désormais un cercle plein. Outre le fait que je sois maintenant trop vieux pour me lancer dans la production d’une nouvelle trilogie, je ne vois pas l’intérêt de poursuivre l’aventure. Les six films forment un tout, avec un début, un milieu et une fin. Je pourrais vous raconter les vies de Han et Leia après la bataille d’Endor, mais c’est sans intérêt – et puis des dizaines de livres le font très bien pour moi. Non très sincèrement il n’y aura pas de troisième trilogie !”. Voilà qui a le mérite d’être clair, pour le moment du moins…
Après 28 ans de bons et loyaux services, la galaxie Star Wars tire sa révérence avec panache. Si nous préfèrerons toujours la trilogie originale, c’est tout l’édifice qui mérite le détour. Et puis rien ne dit que dans quelques années, George Lucas ne reprendra pas sa palette graphique pour ajouter ou retirer ici et là les petites choses qui ne manqueront de le perturber. Sans dénaturer son propos, le déroulement de la prélogie nous montre qu’il a su prendre en compte l’avis du public (moins de Jar-Jar, plus de noirceur) pour nous offrir un spectacle fascinant, s’appuyant sur un univers enchanteur. Pour peu que La Revanche des Sith réponde à nos attentes, nul doute que nous pourrons dire un grand “Merci” à George Lucas.

Thomas Debelle