LA LENTE ÉVOLUTION D`UNE ÉTOILE

lundi 5 novembre 2007

 

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LA LENTE ÉVOLUTION D`UNE ÉTOILE et des poussières qui s`y ajoutent De 1977 à 2004, la trilogie Star Wars que nous qualifions désormais de « classique » a connu de nombreuses évolutions, certaines mineures, d’autres plus notables comme l’ajout de certaines scènes. C’est sur ces diverses modifications et leurs conséquences sur l’œuvre originale que nous allons faire […]

LA LENTE ÉVOLUTION D`UNE ÉTOILE
et des poussières qui s`y ajoutent

De 1977 à 2004, la trilogie Star Wars que nous qualifions désormais de « classique » a connu de nombreuses évolutions, certaines mineures, d’autres plus notables comme l’ajout de certaines scènes. C’est sur ces diverses modifications et leurs conséquences sur l’œuvre originale que nous allons faire un arrêt sur image…

Lucas, la perfection à tout prix !
Lorsque George Lucas aborda, au milieu des années 70, la réalisation du premier volet de sa trilogie, ses ambitions furent très rapidement contrariées par les difficultés techniques qu’il rencontra. En effet, dans ces temps “reculés” qui désormais s`apparentent à la préhistoire des effets spéciaux cinématographiques modernes, il n`était nul ordinateur sophistiqué apte à engendrer toutes les fantaisies de l`esprit, mais seulement des maquettes et l’imagination fabuleuse de quelques artistes qui se sont avérés exceptionnels. Jour après jour, Lucas fut donc confronté à des problèmes techniques, mais également financiers d`une ampleur insoupçonnée. Quelques années plus tard, il avoua même que le premier épisode de la saga dont il accoucha ne reflétait que le tiers de ses ambitions préalables. Pour “se venger de cette injustice”, et fêter le 20e anniversaire de son œuvre, il décida en 1995, d`en concevoir une nouvelle version. L’idée initiale du projet consistait à offrir aux films un petit lifting au niveau de la luminosité, des contrastes et de leur équilibre colorimétrique, mais également de réintégrer la scène coupée de Jabba. L`ensemble ne devant pas excéder les quatre minutes. Satisfait du résultat obtenu par les infographistes d’ILM sur cette scène, Lucas se laissa finalement prendre au jeu des modifications et leur proposa de retoucher l`ensemble du film. Et si le premier épisode subit de nombreuses évolutions, L’Empire contre-attaque et Le retour du Jedi n’y échappèrent pas davantage.
Mais pour parvenir à un tel résultat, Lucas et ses sbires durent tout d’abord s’atteler à une tâche des plus délicates, la restauration des négatifs originaux. En effet, malgré d’excellentes conditions de stockage, les pellicules n’avaient été épargnées ni par le temps, ni par les tirages de copies supplémentaires que le succès avait requis. Salissures et dégradations diverses étaient donc au rendez-vous notamment pour l`un des quatre type de pellicules utilisées à l’époque, et qui depuis, avait perdu toute l’intensité de ses couleurs. Une tâche titanesque qui monopolisa trente personnes durant trois longues années.
Entre la restauration et les effets spéciaux, l’édition anniversaire de 1997 fut évaluée à 10 millions de dollars. Une somme énorme amortie dès la première semaine d’exploitation en salles, qui permit surtout de ramener la saga Star Wars sous les projecteurs de l`actualité. Une pertinente approche visant à préparer la sortie du nouvel épisode prévu pour 1999, La Menace fantôme, de relancer la machine Lucasfilm et de proposer de nouveaux produits dérivés aux fans de la première heure mais également à la nouvelle génération découvrant la saga d`un regard neuf.
Cette seconde variante de la trilogie classique n’est pas, comme on avait pu le croire à un certain moment l’ultime version, mais bien une étape intermédiaire entre la version originale et celle qui figure dans le coffret dvd sorti en septembre 2004. En effet, même si ce coffret arbore le terme de “version originale” sur les publicités et le packaging, il n’en est rien. Certaines scènes modifiées pour l’édition anniversaire de 1997 ont, à nouveau, été retouchées, alors que d’autres restées en l`état initial bénéficient de nouveaux effets spéciaux. Autre changement notable, la saga bénéficie désormais de la qualité sonore digitale Dolby Surround EX.
Et si Lucas s’est largement épanché dans la presse sur les modifications apportées à son édition anniversaire et sur ce qui les avait motivées, il a été très discret à propos de cette nouvelle version. Pour lui, ces changements sont mineurs et ne correspondent qu’à son désir de créer le film parfait. Ces améliorations ont également pour but d’assurer une meilleure continuité avec les nouveaux épisodes sortis en 1999, 2002 et 2005.
Désormais considérées comme des “brouillons” de travail, les versions antérieures à l’édition dvd n’ont plus pour Lucas de raisons d’exister et ne verront jamais le jour sur quelque support que ce soit. Mais si Lucas a réalisé son rêve, certains fans de la saga ne sont pas intimement convaincus de l`utilité de ses transformations.

Star Wars en quête d`un Nouvel Espoir
L’épisode sorti en salle en 1977 est donc sans conteste, celui qui a subi le plus de remaniements, dont le plus flagrant concerne son titre. Simplement intitulé Star Wars, à l`origine, il se décline désormais sous l`appellation de Episode IV : Un Nouvel Espoir. Déjà en 1981 à l’occasion de sa ressortie en salle, Lucas souhaitait modifier le titre de cet opus pour le placer dans une plus vaste perspective, mais la Fox refusa de crainte que le public ne s`égare dans ces nouvelles appellations. Cette transformation n`aboutira finalement qu’en 1997, pour l’édition anniversaire. Une nouvelle dénomination qui avait désormais pour but une meilleure concordance entre les épisodes. Au passage, on notera également que le texte introductif a été refait informatiquement en 2004.
Le recensement de ces changements porte sur quelque 25 scènes auxquelles 6 autres ont été ajoutées. Un premier exemple se distingue dans la scène où les troupes de choc découvrent les droïdes dans la capsule de sauvetage. En effet, deux plans s`y ajoutent dans la version 97. Les dewbacks d’origine ont été remplacés par des créatures numériques, on aperçoit un plus grand nombre de soldats et une navette en image de synthèse est venue atterrir en arrière-plan. Ces ajouts se sont répercutés sur musique, modifiée elle aussi grâce à l’insertion d’un morceau provenant d’une autre séquence. Concernant la séquence où le char des sables des Jawas s’approche de la propriété des Lars, Lucas peu satisfait du résultat original a tout simplement retourné la scène avec une focale plus serrée en 1997. Résultat, l`engin est nettement plus impressionnant. Idem pour la scène dévoilant la maison de Ben Kenobi qui a été remplacée en 97 par la prise de vue d’une miniature agrémentée de peinture numérique. Autre changement purement visuel, celui des sabre-laser dont la couleur a été intensifiée pour Dark Vador et la forme affinée pour Obi Wan Kenobi.
Mais les transformations les plus draconiennes concernent la scène où Ben Kenobi et Luke Skywalker regardent de loin l’astroport de Mos Eisley. En 1997, on découvre de nombreux bâtiments supplémentaires, ainsi que des vaisseaux (principalement dans le ciel surplombant la cité) et des droïdes. De plus, l’incrustation du speeder entrant dans la ville a été entièrement refaite et sa trajectoire modifiée grâce à l’insertion de plans inédits en images de synthèse. D`autres modifications ont été apportées pour la version dvd améliorant la cohérence des couleurs et des détails. Cette séquence bénéficie aussi d’une nouvelle musique.
Et si certains éléments peuvent améliorer la lisibilité des images, ils peuvent également en modifier le sens comme à ce moment où Han Solo tue Greedo. Dans la version 1977, Han tire tout simplement sur Greedo, à la façon d`un pirate de l’espace flirtant également avec le Bien et le Mal. En 1997, la nuance s`impose : Greedo tire le premier, Han se retrouvant désormais en position de légitime défense et devenant par là même, un contrebandier plus gentil. Visuellement peu concluant, ce résultat a été retouché en 2004 pour plus de cohérence.
Autre scène qui fit couler beaucoup d’encre lors de la sortie de l’édition spéciale, celle où Han Solo rencontre Jabba après sa confrontation avec Greedo. Prévue dans le script de 1977, elle n`intégra jamais le film, faute de moyens et de temps. En 1997, Lucas décida de faire appel aux artistes d’ILM pour concrétiser son rêve. Inutile scénaristiquement, ce rajout visait à définir un Jabba similaire à celui de La Menace fantôme. Les retrouvailles entre Biggs Darklighter et Luke Skywalker avant leur assaut final contre l’étoile de la mort, coupées au montage ont été réintégrées dans l’édition spéciale.
Plus saisissants sont les changements liés aux impacts de blaser. En effet, sur plusieurs plans, les explosions et les étincelles que l’on pouvait voir sur les corps des victimes humaines ont tout simplement été effacées grâce à de nouveaux cadrages. Une modification d’autant plus étrange qu’elle n’est pas systématique.

L`empire épargné après sa contre-attaque
Évoluant désormais sous le numéro V, L’Empire contre-attaque demeure l`épisode le plus préservé, même si certaines scènes ont néanmoins été retournées. C’est le cas, notamment, de celle où Luke Skywalker est attaqué par un wampa qui le ramène dans son antre. Dans la version de 1980, la créature est uniquement suggérée par des ombres et apparitions furtives, alors qu`en 1997, on la voit parfaitement se repaître des restes du taun-taun, et réagir lorsque Luke lui coupe le bras. Pour réaliser ce changement, l’équipe d’ILM a entièrement reconstitué le décor initial dans lequel un technicien a évolué déguisé en wampa.
Lorsque cet opus fut tourné, l’Empereur n’était encore qu’un personnage secondaire dont l’apparence n’était pas encore totalement définie. ILM se contenta donc de superposer les yeux d’un chimpanzé sur le visage d`une vieille dame. Peu convaincu par cette mascarade, Lucas décida pour la version dvd de remplacer ce premier Empereur par des nouveaux plans de Ian McDarmid, qui le campe dans les autres épisodes de la saga. Le dialogue a également subi des modifications, désormais Vador s’étonne de l’existence d’un certain Luke Skywalker, fils d’Anakin Skywalker.
Mais la séquence la lus bouleversée n terme de retouches est celle qui se déroule dans la Cité des Nuages. Lors de la première mouture, les difficultés budgétaires amenèrent ILM à créer les décors extérieurs de la Cité sur des plaques de verres peintes. En 97, l’équipe recréa l’ensemble sur support informatique. Au niveau des décors intérieurs, de nombreuses fenêtres ont été rajoutées permettant d’apprécier le panorama extérieur.
Une scène a également été ajoutée au terme du combat opposant Dark Vador à Luke Skywalker. Dans la version originale, Vador demandait à ses troupes d’amener sa navette pour qu’il puisse rejoindre l’Executor. En 97, en revanche, il se rend lui-même sur la plate-forme d’atterrissage pour embarquer dans sa navette que l`on voit décoller de Bespin, et effectuer le trajet pour rallier l’Executor. Ces ajouts sont intercalés avec le sauvetage de Luke. Enfin, quelques plans non utilisés pour Le retour du Jedi ont été montés pour révéler Vador débarquant de sa navette. Rallongée, cette séquence s’est vue offrir une nouvelle partition musicale.

Les jeux de l`amour et du hasard
Le retour du Jedi n`a lui subi que peu de modifications, mais certaines s`avèrent surprenante. Tout d`abord, le concert donné par les amis de Jabba. Dans la version originale, le groupe est composé de trois musiciens et interprète “Lapti Nek”. En 97, l’ensemble musical s`étoffe de 5 musiciens, un chanteur et 3 choristes. Et si certains personnages sont numériques, d’autres sont de marionnettes de latex ou des acteurs costumés. Quant à Sy, elle chante désormais “Jedi Rocks”.
L`une des scènes les plus émouvantes du film, celle où Luke retire le masque de son père, a été légèrement modifiée pour que son visage évoque davantage celui de Hayden Christensen. Ainsi ses sourcils ont ainsi été effacés et ses yeux colorés.
Au registre des nouvelles scènes de l’édition spéciale, on notera celles, toutes virtuelles, où est célébrée la défaite de l’Empire sur différentes planètes, alors que dans la version initiale, seuls les Ewoks et les Rebelles faisaient la fête sur Endor. Quant à la chanson “Yub Nub”, elle a tout simplement été remplacée par une composition originale de John Willians. Une scène de liesse sur Naboo a été rajoutée en 2004 et les prises de vues de Coruscant modifiées (ajout du Sénat et du temple Jedi) afin qu’elles correspondent à celles de la pré-trilogie.
Mais toutes ces manipulations sont minimes comparativement à celle qui intervient sur la scène finale où les esprits d’Obi Wan Kenobi, de Yoda et d’Anakin Skywalker regardent Luke et les Rebelles fêter leur victoire sur l’Empire. Dans l’édition originale et anniversaire, c’est l’acteur Sebastian Shaw qui interprète le personnage d’Anakin (comme à l`heure de son décès). En revanche, dans l’édition dvd, exit Shaw, car c`est bien Hayden Christensen (non crédité au générique) que l’on voit apparaître. Un changement que Lucas promet d’expliquer dans le dernier épisode de la pré-trilogie.
Dans la version précédant celle de la sortie dvd, les transformations ont parfois été importantes et souvent mal comprises par les fans de la saga, mais l’essence même de la trilogie, ce qui a fait sa force, n’a jamais été affectée. Pour Lucas, ces mutations ne dénaturent pas son œuvre, mais le conduisent vers son évolution naturelle. De là à penser que cette évolution ne soit pas totalement achevée…

Stéphanie Vandevyver