LANTERNES MAGIQUES & FANTASMAGORIES : Exposition de magies lumineuses au Château de Maisons-Laffitte (voir ci-dessous)

mercredi 17 décembre 2014

 

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Dans le dictionnaire français de 1706, Pierre Richelet écrivait : « La lanterne magique est une petite machine d’optique qui fait voir dans l’obscurité sur une muraille blanche, plusieurs spectres et monstres si affreux que celui qui n’en sait pas le secret croit que cela se fait par magie ». Cette définition illustre bien l’esprit qui règne […]

Dans le dictionnaire français de 1706, Pierre Richelet écrivait : « La lanterne magique est une petite machine d’optique qui fait voir dans l’obscurité sur une muraille blanche, plusieurs spectres et monstres si affreux que celui qui n’en sait pas le secret croit que cela se fait par magie ». Cette définition illustre bien l’esprit qui règne sur cette exposition accueillie actuellement au Château de Maisons, somptueux édifice bâti au XVIIe siècle par l’architecte François Mansart. Là, plongée dans la pénombre des caves du château, l’exposition retrace à l’aide d’installations vidéos et sonores recréant l’ambiance et les techniques de jadis, l’histoire des Fantasmagories, ces spectacles très populaires dans le Paris du XIXe siècle et qui, déjà cent ans avant l’invention du cinéma, consistaient à faire apparaître cauchemars, fantômes et squelettes devant des spectateurs captivés. Le concepteur de l’exposition, Francis Adoue s’est ici efforcé, à grand renfort de son et lumière, de faire ressurgir les fantômes du passé et, dans l’inconscient des visiteurs, les prémisses gothiques du cinéma fantastique. À l’origine des spectacles de Fantasmagories, un Français : l’abbé Etienne-Gaspard Robertson, « physicien-aéronaute » et génial inventeur du Fantascope, une lanterne magique à doubles lentilles, montée sur un rail (ancêtre du travelling) et permettant de projeter sur des toiles blanches enduites de cire des ectoplasmes, des démons et même des scènes sanglantes de la Révolution qui vont effrayer les spectateurs parisiens pendant plus de vingt ans et acquérir un succès populaire grandissant jusqu’en Amérique. Grâce aux techniques d’aujourd’hui, les visiteurs peuvent donc se replonger dans l’atmosphère des Fantasmagories en voyant évoluer sur les murs de pierre des spectres de lumières et autres gargouilles volantes recréés à partir des plaques de verre qu’utilisait Robertson pour ses spectacles. Celles-ci fonctionnaient comme des diapositives placées juste devant la source lumineuse de la lanterne, une bougie dont la flamme était amplifiée par une lentille optique. Souvent, ces plaques étaient actionnées par des tiges pouvant conférer un mouvement au sujet peint directement dessus. Par exemple, un crâne volant pouvait battre des ailes et une tête de Gorgone avoir les yeux qui bougent. À redécouvrir aujourd’hui les Fantasmagories de Robertson, on imagine sans peine l’impact qu’elles devaient avoir sur le public de 1800. D’ailleurs, les Fantasmagories trouvèrent un prolongement direct dès l’invention du cinéma et les premiers films de Méliès, ce que l’exposition explique à l’aide de projection d’extraits de films comparatifs. Les visiteurs pourront également admirer une série de « photos spirites » comme on les appelait alors, ces photographies de fantômes censées être réelles et faites par des médiums en transe qui réussissait à invoquer les esprits pour leur faire prendre la pause le temps d’une photo. Ces photos spirites qui eurent un succès retentissant vers 1860 (où une vague médiumnique battait son plein) étaient bien évidemment truquées grâce à la double exposition, ce qui amena certains faussaires à être jugés pour escroquerie. L’exposition évoque également le duel que se livrèrent – toujours au XIXe siècle – magiciens et médiums. Ainsi, apprend-on que le célèbre prestidigitateur Harry Houdini pourfendit les faux médiums, allant même jusqu’à expliquer tous leurs trucs lors de ses propres spectacles. Dans les vitrines, les visiteurs peuvent également admirer quelques lanternes magiques d’époques, des plaques de verre, des gravures anamorphosées (que l’on ne peut voir que par le biais de miroirs sphériques), mais aussi des phénakistiscopes, des praxinoscopes et des zootropes, tous ces jeux d’optiques utilisant la persistance rétinienne et préfigurant le dessin animé. Au terme de ce voyage au cœur de la préhistoire du cinéma fantastique, les visiteurs, encore sous le charme des Fantasmagories, pourront aller se perdre dans le Château de Maisons tout en colonnes ioniques, doriques et corinthiennes, et espérer y croiser, qui sait, un fantôme, réel celui-ci (Lanternes magiques & Fantasmagories. Château de Maisons-Laffitte, jusqu’au 2 mars 2015).

Alexandre Jousse