LE COMTE

mardi 6 février 2024

 

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LE COMTE

Les fantômes de l’Histoire

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(El Conde). Chili. 2023. Réal.: Pablo Larrain. Scén.: Pablo Larrain et Guillermo Calderon. Prod.: Rocio Jadu et Juan de Dios Larrain. Photo : Edward Lachman. Mont : Sofia Subercaseaux. 1h50. Avec : Jaime Vadell, Alfredo Castro, Paula Luchsinger, Stella Gonet. (Netflix).

 

Dans une réalité parallèle, le dictateur Augusto Pinochet est un vampire aujourd’hui âgé de 250 ans et fatigué de l’existence. Ayant décidé d’arrêter de boire du sang, il vit reclus dans une vieille maison, entouré de sa femme et de ses enfants qui n’attendent qu’une chose : se partager son héritage…

Jusqu’ici surtout reconnu pour ses biopics tels Jackie, avec Natalie Portman ou encore Spencer, avec Kristen Stewart, le Chilien Pablo Larrain se lance dans la comédie noire fantastique avec Le Comte. Récompensé par le prix du scénario à la dernière Mostra de Venise, le script imagine un monde où Pinochet est un vampire né sous la Révolution Française et qui, depuis, se nourrit du sang de ses malheureuses victimes. Une idée de départ éminemment métaphorique qui permet au réalisateur de revenir sur l’Histoire de son pays et de dénoncer la pérennité du Mal qui traverse les siècles. Et pour étayer son propos, Larrain opte pour une magnifique image en noir et blanc qui imprime une atmosphère à la fois étrange et poétique. Il nous gratifie ainsi de séquences somptueuses, comme en témoignent les scènes de vol du vampire. Si le cinéaste évoque évidemment les ravages de la dictature, il recentre également son récit autour de la famille du tyran, composé d’enfants tous plus vénaux les uns que les autres mais aussi d’une épouse aux convictions encore plus radicales que celles de son mari (ce qui fait écho à la réalité historique, la femme de Pinochet ayant toujours eu une forte influence sur ses décisions politiques). Porté par une voix off qui va se faire de plus en plus discrète au fil du récit mais qui accentue l’humour noir se dégageant de l’ensemble, le film se montre par moment sanglant, le dictateur se nourrissant notamment des cœurs mixés de ses victimes. Bénéficiant d’une dernière partie intense et en dépit de quelques longueurs, Le Comte s’impose au final comme une œuvre originale et engagée, qui permet au chef opérateur Edward Lachman d’être logiquement nominé aux Oscars dans la catégorie de la meilleure photographie.

 

Erwan BARGAIN