Les années Batman (lire ci-dessous)

dimanche 18 novembre 2007

 

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TIM BURTON Les années Batman Réalisateur des deux premiers Batman, et producteur associé des deux suivants réalisés par Joel Schumacher, Tim Burton a su mêler à la perfection son univers gothique à celui de l’homme chauve-souris. Il évoque aujourd`hui pour nous ce que fut son parcours aux côtés de Batman, puis les raisons pour lesquelles […]

TIM BURTON
Les années Batman

Réalisateur des deux premiers Batman, et producteur associé des deux suivants réalisés par Joel Schumacher, Tim Burton a su mêler à la perfection son univers gothique à celui de l’homme chauve-souris. Il évoque aujourd`hui pour nous ce que fut son parcours aux côtés de Batman, puis les raisons pour lesquelles il abandonna le projet tant attendu de Superman Reborn.

Batman a été la première superproduction que l’on vous ait confiée, et, malgré la pression du studio que l’on imagine énorme, votre patte à l’écran est intacte : garder le contrôle total d’un film qui représentait un considérable enjeu financier pour la Warner a dû être très difficile ?

Oui, mais ce type de réaction de la part des commanditaires est prévisible. Le studio considère chaque gros film comme un projet commercial, qui a fait l’objet d’une étude de marché, et dont on a déjà tenté d’estimer la future carrière en salle, en vidéo et à la télé. Bien entendu, à l’époque du premier Batman, le marché de la vidéo reposait sur vidéo, et dans une moindre mesure, sur les laserdiscs, qui étaient plus chers et beaucoup moins répandus dans les foyers que les dvd ne le sont à présent. Désormais, les studios savent qu’un film qui a un peu déçu en salles peut faire une très belle carrière en dvd quelques mois plus tard et rapporter beaucoup d’argent. Les films ont donc droit à une seconde chance, et les superproductions peuvent coûter plus cher parce que le marché du dvd rapporte des dizaines de millions de dollars. Pour en revenir à Batman, je me souviens avoir éprouvé une sorte de pression abstraite et oppressante, mais assez similaire à ce que tout réalisateur subit dès le premier jour d`un tournage. J’y étais déjà habitué. Et le fait d`être en Angleterre, à bonne distance du studio, nous a épargné les visites quotidiennes des cadres de Warner.

Batman, l`homme blessé

Batman est un héros hanté par son passé tragique : l’aimez-vous pour cette mélancolie ?

Oh oui. J’aime les personnages qui ont une double personnalité, comme Batman, Catwoman. Ce sont des symboles de la lutte intérieure qui nous anime tous : l’opposition entre les sentiments primaires, instinctifs, et le raisonnement intellectuel que l’on acquiert au fil des ans. Ce déchirement propage des situations tristes, une certaine mélancolie autour de ces héros qui tentent de résoudre leurs conflits psychologiques. On se sent immédiatement plus proches d’eux, parce que l’on comprend leur véritable nature. Tandis que des héros plus schématiques, positifs, ressemblent davantage à des clichés, des sortes de logos publicitaires toujours souriants. On s’attache davantage à un justicier blessé qu’à un fanfaron invincible, en costume multicolore ! (Rires)

Etiez-vous fan de Batman dans votre enfance ?

Batman était, et de très loin, ma bande dessinée préférée. Je me sentais des affinités avec ce personnage solitaire, qui menait souvent une existence de reclus. C’est ce qui, je crois, m’a captivé, et incité à lire ses aventures.

L’univers gothique qui l’entourait – le manoir de Bruce Wayne, la caverne, les chauves-souris, les méchants délirants – vous séduisaient-ils déjà ?

Oui et non. Après avoir lu les bandes dessinées, j’ai grandi en regardant la série télévisée des années 60, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’est pas vraiment gothique ! C’est un univers kitsch et pop, dans lequel tout est caricatural et systématiquement pris au second degré. Curieusement, ce sont plutôt les toutes premières BD des années 40, puis celles des années 70 qui ont exploité le côté noir et tourmenté de Batman. Dans les années 50, il était devenu jovial et blagueur, et dans les années 60, la BD fut très influencée par le succès du feuilleton TV. Naturellement, j’ai toujours préféré l`aspect sombre du personnage et la lutte permanente qu’il menait pour aboutir à ses fins sans se laisser envahir par le désespoir. On pourrait dire que Batman est un survivant, un homme qui ne renonce jamais, mais qui est perpétuellement torturé par ses souvenirs.

Comment avez-vous choisi la manière d`illustrer certains de ses ennemis comme le Joker, le Pingouin et Catwoman ?

Je les ai considérés comme des humains chez lesquels l`animalité avait pris le pas. Le Joker, par exemple, laisse la partie anarchique et dévastatrice de son esprit guider ses actes. Il refuse toute forme d’autorité. Le Pingouin et Catwoman incarnent aussi ce côté animal qui est constamment refoulé et torturé par le raisonnement logique. Ils constituent chacun des parties de l’univers de Batman, les pièces d’un puzzle qui forment un tout. Un portrait complet de son subconscient. Les méchants de la BD, malgré leur côté délirant, étaient à leur manière logiques et étonnamment crédibles.

Au cœur de la nuit

Dans quelles sources d’inspiration visuelle avez-vous puisé pour composer le visuel des deux premiers Batman ?

Vous savez, j’ai grandi pratiquement collé à la télévision, en dévorant des films de monstres. Plus tard, j’ai été frappé par l’impact visuel de l’expressionnisme Allemand, qui a produit des films comme Le Cabinet du Dr Caligari ou Metropolis. J`ignore pourquoi ces films ont eu un tel impact sur moi. Sans doute parce que je vivais en Californie où, on aime que tout soit ensoleillé, clair, positif, souriant. J`ai peut-être compris alors que ces ambiances sombres et torturées me manquaient et je les ai privilégiées en réaction à mon environnement.

Vous souvenez-vous de votre rencontre avec Bob Kane, le créateur de Batman et de sa réaction ?

Je me souviens qu’il était ravi que l’on ne tourne pas une série télé dans l’esprit de celle des années 60 !

Il n’aimait pas ce côté parodique ?

Je crois que cela ne l`a jamais séduit, en dépit de l’extraordinaire succès commercial que la série avait connu. En tant que créateur de ce personnage, je pense qu’il fut déçu que sa dimension tragique ait été éludé au profit de facéties ambulantes. Il était content que nous soyons retournés aux sources du mythe et que nous ayons évité les couleurs vives, les calembours et les gimmicks pop de la série.

Vous a-t-il fait quelques suggestions ?

Non, je crois qu’il savait que nous respections son travail. Il avait lu le script et n’avait émis aucune critique. Je pense qu’il savait que nous souhaitions rendre hommage à son travail.

Si vous deviez être capturé par l`un des méchants de Batman, auquel irait votre préférence ?

J’apprécierais bien que le Joker me montre l`un de ses tours délirants, même si la fin ne réserve jamais de bonnes choses aux personnes qu’il kidnappe ! (Rires). J’aimerais aussi être capturé par Catwoman, surtout un jour où elle serait d’humeur joueuse et sensuelle, mais pour de toutes autres raisons dont je ne vous parlerai pas ! (Rires).

Quels souvenirs gardez-vous de la controverse qui a surgi lorsque vous avez choisi de confier le rôle de Batman à Michael Keaton ?

Je pense que les gens qui ont mal réagi à cette annonce ont cru que Michael Keaton avait été choisi en raison des comédies dans lesquelles il avait joué. Ils s`imaginaient sans doute que nous allions réaliser un film très parodique, dans l’esprit de la série télé. J’avais senti que Michael avait un tout autre potentiel, un côté sombre qu`il serait passionnant d`exploiter. Au début, nous avons auditionné beaucoup d’acteurs pour le rôle de Batman. Nous sommes partis sur des clichés physiques, bien sûr : c’étaient des gars aux mâchoires carrées, à la carrure impressionnante. Mais le problème, c’est que cela ne fonctionnait pas : pourquoi un type qui aurait l`envergure de Schwarzenegger s’embêterait-il à se déguiser en chauve-souris pour effrayer les criminels ? Nous avons décidé d’explorer davantage la psychologie de Bruce Wayne pour justifier sa décision de devenir un justicier masqué, qui vit d’une façon, disons…Particulière ! (Rires). Il fallait que le public soit convaincu que Wayne n’avait aucune autre solution que de devenir Batman, cet homme chauve-souris qui surgit de la nuit comme un spectre, pour parvenir à chasser ses démons intérieurs. Dès le départ, j’ai été convaincu que Michael serait excellent dans ce rôle, et il l’a été. Sitôt le film sorti, les mêmes fans qui étaient prêts à huer Michael l’ont acclamé. Et aujourd’hui, en le comparant aux autres acteurs qui ont tenu le rôle dans les deux films suivants, ils diraient certainement que Michael reste leur Batman préféré ! (Rires).

Qu’avez-vous éprouvé lorsque vous êtes entré pour la première fois sur le plateau de Batman, dans les décors terminés, le premier jour du tournage ?

J’étais très excité, car je préfère construire des décors dans lesquels les acteurs peuvent évoluer, plutôt que de tourner dans des décors naturels ou virtuels. Quand vous entrez pour la première fois sur le plateau de votre nouveau film, vous êtes assailli par une foule d’émotions, bien sûr. Vous êtes ému, nerveux, ébahi, impatient de commencer et de donner vie à la vision que vous véhiculez dans votre tête depuis de longs mois de préparation.

Superman Reborn : un projet emmuré vivant

Des rumeurs ont longtemps circulé sur la possible résurrection de votre projet Superman Reborn…
Superman Reborn a été une expérience extrêmement douloureuse pour moi. J’ai travaillé plus d’un an et demi sur ce projet. J’ai pratiquement réalisé le film dans ma tête, mais malheureusement, nous n’avons pas pu filmer cette vision. Cela a été vraiment beaucoup trop pénible pour que j’accepte d’aller plus loin et de m`y replonger, pour quantité de raisons que je préfère ne pas exposer. Disons que durant une certaine période, j’ai eu à subir une collaboration involontaire avec certaines personnes qui ont largement contribué à conduire ce projet droit dans le mur. C’est une expérience typiquement hollywoodienne… Je crois que la Warner a bien fait de repartir sur un projet entièrement différent, confié à un autre réalisateur.

Pensez-vous que vous réaliserez un autre film de super héros un jour ?

Je n’en sais rien. Pour l’instant, j’aurais tendance à dire non, mais il ne faut jamais dire jamais. Dans une semaine ou deux, peut-être qu’on me contactera pour me proposer un formidable projet lié à un super-héros, et il se pourrait que je craque à ce moment-là !

Aimeriez-vous créer un nouveau super héros ?

Pourquoi pas. J’ai imaginé quelques nouveaux personnages qui sont plutôt des “anti-super héros”, mais j`ignore encore sous quelle forme ils verront le jour.

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau