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dimanche 18 novembre 2007

 

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Scénariste et producteur WES CRAVEN L’œil du maître Producteur exécutif du remake de La Colline a des Yeux l’année dernière, Wes Craven est de retour avec cette suite pour laquelle il est non seulement producteur exécutif, mais également co-scénariste aux côtés de son fils, Jonathan. Contrairement au premier remake, où l’on trouvait des acteurs connus […]

Scénariste et producteur

WES CRAVEN
L’œil du maître

Producteur exécutif du remake de La Colline a des Yeux l’année dernière, Wes Craven est de retour avec cette suite pour laquelle il est non seulement producteur exécutif, mais également co-scénariste aux côtés de son fils, Jonathan. Contrairement au premier remake, où l’on trouvait des acteurs connus tels qu’Emilie de Ravin ou Ted Levine, cette séquelle est jouée par un groupe d’acteurs encore inconnus….

Pensez-vous que, d’une certaine façon, La Colline a des Yeux 2 soit un film «politique» ?

Oui et non. De toute évidence, au moment d’écrire le film, nous pensions sans arrêt à ce que cela pourrait être pour les troupes américaines basées en Irak. Au début, nous avions envisagé de reprendre le personnage de Brenda Carter et de la faire revenir avec la Garde Nationale. Mais l’actrice qui l’incarne, Emilie de Ravin, était retenue sur le tournage de la série «Lost». Nous avons alors décidé de rendre le film encore plus tragique en le faisant entrer en résonance avec l’actualité. C’est ainsi que nous avons intégré des thèmes comme la guerre en Iraq, la lutte contre le terrorisme et le choc des cultures en général. On entraîne des gamins à se battre contre un ennemi complètement étranger, et quand ils arrivent sur place, rien ne correspond à ce qu’ils ont appris : c’est bien plus effrayant que tout ce qu’on peut voir dans les films d’horreur.

Les mutants et vous, c’est de l’histoire ancienne : comment était-ce de revenir en terrain connu ?

C’est intéressant. Alexandre Aja avait transposé ce sujet dans une direction différente de l’original en utilisant le thème du nucléaire, situant l’action dans une zone de test atomique. Cette fois, nous avons spécifiquement transposé le film dans une base militaire, alors que le précédent n’y faisait que simplement référence.

Sur quels critères avez-vous choisi le réalisateur ?

Le coproducteur Cody Zwieg et moi cherchions quelqu’un qui sache jouer avec les tensions et les peurs tout en étant capable de se concentrer sur les personnages. Nous avons rencontré une vingtaine de réalisateurs puis, au terme d’une première sélection, nous n’en avons gardé que trois. Après des entretiens plus approfondis, nous avons choisi le réalisateur allemand Martin Weisz.Nous l’avions remarqué grâce à son premier film, Grimm Love, un thriller psychologique horrifique basé sur des faits réels racontant une histoire de cannibalisme entre deux hommes. Martin Weisz ne craint pas la controverse. Grimm Love est une histoire qui mêle cannibalisme, sexe, et tout ce qui peut remuer les gens. Les sujets explosifs ne lui font pas peur. De plus, il fait preuve d’une grande énergie dans son travail et il déborde d’imagination

L’horreur, de père en fils

Quelles impressions tirez-vous du fait d’avoir travaillé avec votre fils Jonathan ?

C’était très amusant. On a passé beaucoup de temps ensemble, peut-être comme jamais jusqu’alors. Nous étions littéralement enfermés dans la même chambre tous les jours. Nous nous retrouvions là à 9 du matin dans une suite du Château Marmont [hôtel de Los Angeles construit en 1929 sur le modèle du château d`Amboise en val de Loire, il est connu pour avoir été le théâtre d`évènements majeurs de la vie de différents artistes américains du monde de la musique ou du cinéma], et nous travaillions jusqu’à ce que la fatigue l’emporte. Ainsi, avons écrit un très bon scénario en un mois de temps. Voilà à quoi nous avons passé le mois de mai 2006. Je suis sûr que nous avons tous les deux pensé initialement que ce serait un cauchemar, mais en fait, ce fut très sympathique. Jonathan est lui aussi père depuis peu, ce qui était intéressant. Nous en parlions souvent lorsque nous mettions le travail de côté : «alors, comment va le gamin ? Qu’est-ce que ça fait d’être réveillé à longueur de nuit ? Tu m’as fait la même chose…» (rires). C’est intéressant de partager quelque chose d’aussi intense.

Comment expliquez-vous la longévité de l’original ?

Je disais dernièrement à Peter Locke, déjà producteur de la première version du film, que je trouvais incroyable qu’après trente ans et des milliers de projections, ce film soit toujours aussi présent et vivant. Peter et moi sommes vraiment sidérés par la longévité du film. Quand il est sorti, les critiques s’en étaient moqués, et malgré cela il est resté une référence pour des générations de cinéphiles. Il est aussi très agréable de savoir que l’on a pu influencer toute une jeune génération de réalisateurs à succès. Quand j’ai rencontré Alexandre Aja, il m’a raconté qu’il avait vu mon film à l’âge de 13 ans, avec Gregory Levasseur, son coproducteur et coscénariste, et qu’il avait trouvé ça tellement excitant que c’est à ce moment-là qu’il avait décidé de se lancer dans le cinéma. Cela fait toujours plaisir. Nous avons modestement contribué à garder le cinéma d’horreur bien vivant. C’est un peu comme avec les mutants : nous sommes ceux de la génération précédente et nous avons fait ce qu’il fallait pour qu’une nouvelle génération nous succède !

De l’horreur en cascade

Pourquoi, à votre avis, le cinéma d’horreur est-il tant apprécié aujourd’hui ?

Il y en a effectivement beaucoup sur le marché, et la plupart sont assez bons et intenses. J’ai pu remarquer qu’il y a de plus en plus d’admirateurs du genre au sein des studios. Avant, ils vous disaient : «On veut produire un de ces films. On ne sait pas grand chose du genre, mais allez-y et faites-le». Maintenant, vous avez des dirigeants de studio qui vous avouent : «J’étais un de vos fans étant gosse et je suis très enthousiaste à l’idée de travailler avec vous». Ils ne sont plus déroutés par le genre de films que je réalise, ils sont enthousiastes, ils en assurent la promotion efficacement. Ainsi, les films produits n’en sont que meilleurs.

Où en est le remake de Dernière Maison sur la Gauche ?

Nous envisageons d’en faire notre prochain film avec le producteur de l’original, Sean Cunningham. J’ai enfin arrangé tous les aspects légaux, le film ayant passé entre tellement de mains entre-temps.

Qui en est propriétaire ?

Essentiellement Sean et moi-même. C’est amusant de voir que je suis assez âgé pour que tout me revienne au bout du compte.

Est-ce que ce sera votre prochaine réalisation ?

La prochaine chose que j’attaque du point de vue écriture sera un film pour Rogue Pictures, la nouvelle filiale d’Universal. La Colline 2 a été très difficile à produire, à cause du pays où il a été tourné, et j’ai un peu foncé sans réfléchir. Là, je reviens à l’écriture sur un scénario intitulé Bug. Mais il se trouve que quelqu’un d’autre a déjà réservé les droits pour ce titre, alors pour l’instant, il n’a pas de nom.

Et qu’en est-il du remake de Shocker ?

Je n’ai pas lancé l’idée, mais on en parle beaucoup. Je pense même qu’il y a un semblant d’offre, et ça se fera peut-être via la même compagnie, Rogue, avec Universal. Je suis vraiment partant pour donner une seconde chance à tous ces films du moment que l’originalité en est le but, comme ça été le cas pour Alexandre Aja avec La Colline a des yeux. Il est parti de l’histoire originale pour se diriger vers sa propre voie et créer quelque chose d’unique.

Propos recueillis par Dominique St. Pierre (trad.: Philippe Chambin)