LUCAS ET LES AUTRES

lundi 5 novembre 2007

 

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LUCAS ET LES AUTRES La Force est avec eux Si Lucas demeure à jamais le géniteur de « Star Wars », ce que les Irvin Kershner, Lawrence Kasdan et autre Leigh Brackett ont apporté à la première trilogie, a aussi très largement contribué à l’édification du mythe. Pour de nombreux fans à travers le monde, […]

LUCAS ET LES AUTRES
La Force est avec eux

Si Lucas demeure à jamais le géniteur de « Star Wars », ce que les Irvin Kershner, Lawrence Kasdan et autre Leigh Brackett ont apporté à la première trilogie, a aussi très largement contribué à l’édification du mythe.

Pour de nombreux fans à travers le monde, et au risque d’éclipser les autres titres de sa filmographie (dont l’excellent American Graffiti), le nom de George Lucas est indissociablement associé à Star Wars. Pour avoir ainsi enfanté l’un des plus grands mythes du cinéma contemporain, le cinéaste producteur entré dans la légende du 7e art, nous apparaît comme l`unique démiurge de la saga. Mais ce serait conclure hâtivement, que nier l`exceptionnel impact artistique du trio précité aux talents duquel le triomphe de cette saga est amplement redevable.
Quand George Lucas commence à rédiger l’histoire de Star Wars en 1974, rien ne lui permet d`envisager qu`il s`apprête à écrire l`une des pages majeures du cinéma américain. D’ailleurs, à l’époque, le projet n’enthousiasme guère les studios, qui hésitent à le soutenir. Au point qu`à l`appui d`un contrat révolutionnaire, il parvient à convaincre la Fox de s’embarquer dans l’aventure. Bien décidé à déjouer les néfastes prévisions que suscitent son entreprise, Lucas s`entoure d`une équipe de talentueux techniciens chargés de concevoir la multitude d`effets spéciaux requis par le scénario, et s’investit corps et âme dans la réalisation de cette épopée intergalactique qu’il aspire déjà à décliner en plusieurs volets. D’où l’importance de ce premier opus voué à poser les bases de l’univers et de la mythologie Star Wars, ce qui lui interdit tout droit à l’erreur. Challenge redoutable pour un film de cette ampleur, fourmillant d`effets spéciaux (dont certains encore inédits) et dont le budget est en regard, infime. « Les conditions étaient très rudes, j’avais une équipe technique un peu rebelle, et quantité de rouages grinçaient sur le tournage. Je subissais une pression considérable au quotidien pour que le film soit achevé. Et le budget était ridicule pour un projet de cette ampleur. À l`époque tout le monde pensait que j’étais fou ». Plus déterminé que jamais en dépit de ces tensions, Lucas supervise toutes les étapes de la création. Pour donner vie à l’univers qu’il veut porter à l`écran, de nouvelles techniques s`imposent (John Dykstra a ainsi mis au point l’un des premiers systèmes de Motion Control de l’Histoire du Cinéma) et le cinéaste doit surmonter de nombreux obstacles et gérer la multitude d’imprévus, inhérents au tournage. Autant d`écueils qui non seulement vont compliquer la tâche de Lucas mais également influencer sa mise en scène, comme l’explique son ami et producteur Rick McCallum : “C’était une expérience très éprouvante pour Georges, très affecté dans sa tâche. Rien n’allait comme il le voulait. Il a fait tellement de compromis, et rien n`est pire pour un auteur que de ne pas pouvoir illustrer le fruit de son écriture”. Malgré toutes ces difficultés, Lucas signe, avec ce premier opus, une œuvre étonnante et exaltante, truffée de séquences d’anthologie (notamment les combats spatiaux, hallucinants pour l’époque), et dont la magie permet de faire oublier les quelques maladresses de réalisation ou encore l’aspect un peu trop manichéen du scénario.

Kershner contre-attaque

Avec ce premier épisode de la saga, Lucas a, d’une certaine façon, essuyé les plâtres de ses ambitions, et, en dépit de l’incommensurable succès du film, ne garde pas un excellent souvenir du tournage. Aussi, lorsqu`il décide en 1978, de donner une suite à Star Wars, c`est à un autre qu`il confie les rennes de la réalisation afin de mieux superviser l’ensemble du projet. Premier changement décisif : le scénario. Après avoir rédigé le script de A New Hope, Lucas choisit, en effet, de faire appel à l’écrivain Leigh Brackett pour co-écrire Empire Strikes Back, le second volet. Ancienne collaboratrice d’Howard Hawks et figure incontournable de la littérature d’heroïc-fantasy, Leigh insuffle au récit cette dimension épique et mystique qui caractérise une grande partie de son œuvre de romancière. Forte de son expérience, elle rédige ainsi, peu avant sa mort, en 1978, un script moins manichéen que celui du volet original et confère à la saga un peu plus de densité psychologique. Un aspect qui sera étoffé et développé par Lawrence Kasdan, appelé à la rescousse par Lucas, pour achever le travail commencé par Brackett. À peine âgé d’une trentaine d’années, Kasdan, encore inexpérimenté, aborde le 7e art en s`échinant sur le scénario de l’une des productions les plus attendues de tous les temps, sous l’œil bienveillant de l’auteur de THX-1138. Le principal apport de Kasdan résidera notamment dans sa description des personnages, qui gagnent en profondeur, en complexité et qui, du même coup, renforcent la dimension dramatique, voire tragique, de l’épopée. Échaudé par les difficultés rencontrées sur le tournage de A New Hope, Lucas, une fois le scénario définitif achevé, propose à Irvin Kershner, qui vient de signer Les Yeux de Laura Mars, d’après un script de John Carpenter, de mettre en scène le film. : “J’étais alors totalement étranger au domaine des effets spéciaux. George Lucas m’a donné de très bons conseils et je me suis mis à visionner des films de ce type et à visiter des studios d’effets spéciaux. En fait, Lucas m’a dit : “Si tu peux imaginer un concept, alors on pourra le reproduire à l’écran, c’est simplement une question de budget. Mais surtout, ne censure pas ton imagination”. À la lumière de ces conseils, Kershner donne libre cours à ses idées et, après sept mois de tournage intensif, livre L’Empire contre-attaque, second volet de la trilogie inaugurée par Lucas. “Quand on m’a proposé L’Empire contre-attaque, je ne me suis pas précipité. J’ai pris le temps d`y réfléchir, non en raison de sa complexité, mais parce qu’il s’agissait de la suite d`une œuvre qui avait connu le plus gros succès commercial de l’Histoire du Cinéma, à l’époque. Réaliser un film du même niveau ne suffirait pas, il me faudrait faire mieux. Je ne suis pas meilleur réalisateur que George, mais je pensais pouvoir travailler assez différemment pour que la comparaison me soit néanmoins favorable. George m’a demandé de réaliser une suite qui surpasse son modèle, ce qui constitua un défi supplémentaire”. Un défi qu’Irvin Kershner relève haut la main, L’empire contre-attaque demeurant encore à ce jour, pour la majorité des fans, le meilleur épisode de la saga.

Tragédie antique

La réussite de L’Empire contre-attaque ne doit rien au hasard mais à un prodigieux travail d’équipe. En supervisant la production et la gestion des innombrables problèmes techniques de l`opération, George Lucas a en effet joué un rôle considérable, offrant ainsi à Kershner des conditions de tournage confortables qui lui avaient fait défaut sur A New Hope. La qualité ce second opus convainc George Lucas d’adopter, pour le troisième segment qu’il met en chantier quelques mois plus tard, la même approche. Après avoir rédigé un premier jet, il confie à Lawrence Kasdan, avec lequel il a depuis co-signé Les aventuriers de l’arche perdue, l’écriture du scénario. Kasdan (qui se fera épauler par David Webb People, non crédité), sous l’impulsion de Lucas, poursuit son exploration psychologique des personnages et met l’accent sur la tragique destinée de Luke et Leia (dont l’amour s’avère impossible en raison de leurs liens fraternels).Spectaculaire (cf. la course-poursuite dans la forêt) et riche en rebondissements, ce nouvel opus, réalisé par Richard Marquand conclue en beauté cette première trilogie, malgré l’avis de certains fans irrités par la présence des amusants mais redoutables Ewoks.

Un nouveau souffle

En reprenant les commandes de la nouvelle trilogie, George Lucas signe, au terme des années 90, et après deux décennies, son retour derrière les caméras. Un choix qui, aux yeux du réalisateur, s’est imposé : “Cela me dispensait d’expliquer les choses à un autre réalisateur et de me bagarrer avec lui”. Nul ne semblait en effet plus à même que Lucas, qui depuis plus d’un quart de siècle, règne sur l’univers Star Wars, pour mettre en scène la suite de la saga. D’autant qu’avec l’apparition du numérique, le cinéaste peut véritablement laisser son imagination s`enflammer. Et cela au risque de décevoir certains adeptes de la première heure, pour qui l’implication de différents scénaristes et cinéastes dans les 4e, 5e et 6e volets, contribuait à la richesse et à la force de la trilogie, voir à sa maturité. “Lorsque j’ai abordé Star Wars, dans les années 70, j’ai déclaré qu’il s’agissait d’un film pour enfants de douze ans, ce qu’il est. Mais au fil des ans, les gens se sont éloignés de cette idée et l`ont appréhendé différemment. Or, pour moi, La guerre des Etoiles demeure un serial pour enfants”. Un serial pour enfants, certes, mais qui, 30 ans après son apparition, n’a pas fini de soulever les passions…

Erwan Bargain