MIGUEL FERRER Un solide second rôle s’en est allé

lundi 23 janvier 2017

 

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Enfant de la balle né dans le cénacle le plus hollywoodien qui soit le 7 février 1955, fils du grand José Ferrer (« Ouragan sur le Caine ») consacré Oscar du meilleur acteur pour « Cyrano » (1950) son rôle fétiche sur scène et à l’écran et d’une immense lady de la chanson populaire américaine, […]

Enfant de la balle né dans le cénacle le plus hollywoodien qui soit le 7 février 1955, fils du grand José Ferrer (« Ouragan sur le Caine ») consacré Oscar du meilleur acteur pour « Cyrano » (1950) son rôle fétiche sur scène et à l’écran et d’une immense lady de la chanson populaire américaine, Rosemary Clooney, Miguel Ferrer emporté par un cancer le 19 janvier dernier à l’âge de 61 ans n’aura jamais vraiment tutoyé les mêmes sommets que ses prestigieux parents ou que son cousin germain George Clooney. Néanmoins, en une trentaine d’années de carrière, il sera parvenu à se faire un prénom et une belle réputation de heavy au gré de productions plus ou moins fameuses, alternant passages sur le petit et le grand écran sans jamais connaître de traversée du désert. Encouragé à jouer d’un instrument par son père, lui-même pianiste à ses heures, il devient batteur et fait ses classes en accompagnant en tournée sa mère mais également Bing Crosby, avant d’être rattrapé par le démon sans doute héréditaire du jeu au sens dramaturgique du terme, comptant quelques séries télé de prestige à son actif dans les années 80 («Chips», «Magnum», «Cagney & Lacey») avant d’embarquer « A la recherche de Spock » dans « Star Trek III » en 1984. Et d’apparaître face à Peter Weller dans « RoboCop » trois ans plus tard, film qu’il chérissait entre tous parmi sa filmographie pléthorique, confessant que lors de sa sortie, il avait arpenté Los Angeles au volant de sa voiture pour mesurer l’impact du métrage sur le public et goûter ensuite anonymement en salle ses réactions enthousiastes, un peu comme s’il s’agissait là d’un triomphe personnel. « M.A. L » alias « Mutant Aquatique en Liberté », « La Nurse » de William Friedkin (1990), Revenge de Tony Scott figurent parmi ses succès notables aux côtés de la série «Twin Peaks», sans se douter qu’il camperait l’agent Albert Rosenfield du FBI pratiquement jusqu’à son dernier souffle, rôle faisant office de fil rouge durant les vingt-six dernières années de sa carrière et dans lequel on le retrouvera prochainement à la télévision non sans émotion. Présent dans « Nom de Code Nina » de John Badham, on se souvient notablement de lui en 1997 dans la transposition d’une nouvelle de Stephen King signée Mark Pavia, « Les Ailes de la nuit » (« The Night Flier »), parfait en journaliste tenace aux prises avec un vampire usant d’un avion pour perpétrer ses crimes d’un bout à l’autre du pays, mais également dans «Le Fléau» et la mini-série inspirée par Shining. On peut le voir dans les téléfilms «Le Meilleur des Mondes» d’après Huxley en 1998 et «Les Fantômes de High River» (2002) comme on peut l’entendre dans « Mulan » ou la série animée « Superman », promenant son visage fort proche de celui de son père dans «Les Nuits de l’Etrange» ou dans le remake du « Mandchurian Candidate » de Jonathan Demme (2004). Vice-président dans « Iron Man 3 », guest star récurrente des séries «Preuve à l’appui» dont il dirigea plusieurs épisodes, «Bionic Woman» et «NCIS : Los Angeles», il apparait aussi dans «Les Experts», «The Protector», «Desperate Housewives» et vocalement dans les séries animées «Batman» et «Young Justice», démultipliant les prestations comme s’il courait en quelque sorte après le peu de temps qui lui restait à vivre. Un comédien attachant trop tôt disparu dont on conservera volontiers le souvenir, tant il fut toujours juste et crédible quel que soit le genre abordé, professionnel de la trempe d’un Robert Davi ou d’un Eric Roberts tout dévoué à son art, celui si nécessaire de divertir ses contemporains.

Sébastien Socias