Notre critique de ANT MAN (voir ci-dessous)

samedi 11 juillet 2015

 

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ANT-MAN **** (note de l’ensemble de la rédaction de l’EF) Prenant le relais d’Edgar Wright, Peyton Reed nous offre un film de super-héros atypique et enthousiasmant, à mi-chemin entre L’Homme qui rétrécit et Mission : Impossible. Une réussite totale ! Dernier né des écuries Marvel, Ant-Man a débarqué sur nos écrans précédé d’une réputation peu […]

ANT-MAN

**** (note de l’ensemble de la rédaction de l’EF)

Prenant le relais d’Edgar Wright, Peyton Reed nous offre un film de super-héros atypique et enthousiasmant, à mi-chemin entre L’Homme qui rétrécit et Mission : Impossible. Une réussite totale !

Dernier né des écuries Marvel, Ant-Man a débarqué sur nos écrans précédé d’une réputation peu enviable. Après dix ans de développement, le premier long-métrage consacré au héros «fourmidable» semblait enfin en bonne voie, jusqu’à ce que le talentueux réalisateur Edgar Wright (Shaun of the Dead, Hot Fuzz) ne claque la porte du studio pour cause de «différends artistiques», aussitôt remplacé par un Peyton Reed au style bien moins affirmé (Bye Bye Love, Yes Man). C’était déjà mauvais signe. Une fois finalisé, Ant-Man fut programmé à une époque où le système Marvel, à grands coups de séquelles, de crossovers et de spin-offs, semblait avoir fini par fixer ses propres limites, comme en témoignait un Avengers l’ère d’Ultron quelque peu indigeste. Distribué trois mois à peine après le blockbuster choral de Josh Whedon, Ant-Man ne risquait-il pas de renforcer ce sentiment global de saturation ? Autre obstacle susceptible d’entraver la route de l’homme-fourmi, son concept-même pouvait poser problème. Comment en effet éviter le côté absurde d’un justicier casqué capable de se miniaturiser et de chevaucher des insectes pour sauver le monde ? On le voit, Ant-Man ne partait pas gagnant. Sa réussite n’en est que plus remarquable.
Conscient des écueils semés sur son parcours, Peyton Reed a eu l’intelligence de conserver tous les éléments burlesques et atypiques développés par Edgar Wright tout en y injectant sa propre sensibilité. Celle-ci s’exprime notamment à travers les relations qu’entretient Scott Lang, le personnage central incarné par Paul Rudd, avec sa fille, son ex-femme et le compagnon de celle-ci. Force est de constater que nous avions mal jugé le réalisateur. Nous qui pensions avoir affaire à un simple faiseur acquis à la cause des grands studios, nous découvrons un artiste à la forte personnalité, bercé par les comics Marvel au point de vouloir communiquer son amour du genre avec une générosité sans borne. Revenant aux fondements du film de super-héros tel qu’il fut redéfini par Sam Raimi avec le premier Spider-Man, Ant-Man s’éloigne sciemment du schéma type des Avengers. Scott Lang n’est ni un milliardaire surdoué, ni un scientifique de génie, ni un soldat patriote, ni un dieu scandinave. C’est un homme ordinaire et sans envergure dont le seul titre de gloire est sa capacité à cambrioler son prochain. Tout juste sorti de prison, incapable de s’occuper de sa famille, colocataire d’une poignée de malfaiteurs minables aux ambitions étriquées, il n’a pas vraiment l’étoffe d’un héros.
Le décalage entre sa situation précaire et sa destinée hors du commun est le moteur principal d’Ant-Man, qui permet non seulement d’appréhender cette histoire abracadabrante de costume rétrécissant avec un certain second degré (un peu à la manière des facéties de Joe Dante dans L’Aventure Intérieure) mais aussi de trouver auprès de ce anti-héros un terrain d’identification idéal. Bardé de défauts et de faiblesses, Scott Lang est l’archétype du protagoniste cher à Stan Lee, et nous évoque Peter Parker devenant Spider-Man un peu malgré lui, même si les deux personnages diffèrent par bien des aspects. Ainsi, alors que l’homme-araignée est un être solitaire ne partageant guère son secret, l’homme-fourmi travaille au sein d’une équipe menée par le scientifique Hank Pym, qui porta le costume avant lui, et qui agit à ses côtés comme un mentor. Dans le rôle de cet aîné parfois dépité par le manque de maturité de son élève, Michael Douglas excelle. Chacune de ses joutes verbales avec Paul Rudd est un bonheur, le vénérable comédien (toujours fringuant à 71 ans) prenant visiblement beaucoup de plaisir à s’immiscer dans l’univers ludique des adaptations Marvel. Sa fille est interprétée par Evangeline Lilly, que les amateurs de séries télévisées ont découverte dans «Lost» et que les fans de Tolkien ont appréciée en jolie elfe dans Le Hobbit de Peter Jackson. Elle constitue l’autre pilier de cette équipe hors norme à laquelle s’adjoignent trois malfrats à la petite semaine.
Si les enjeux narratifs d’Ant-Man visent une fois de plus la préservation du monde libre, ses péripéties sont bien plus ancrées sur terre que celles des Avengers, d’autant que l’aventure prend bien vite les allures d’un «film de casse» à l’ancienne, en une sorte de mariage surprenant entre L’Homme qui rétrécit et Mission : Impossible. La série mythique de Bruce Geller est d’ailleurs citée plus d’une fois tout au long du métrage, notamment à travers la bande originale de Christophe Beck qui rend régulièrement hommage à la célèbre partition de Lalo Schifrin. Le parti pris d’une intrigue plus proche de l’espionnage que de la science-fiction n’empêche nullement Ant-Man de se déchaîner en matière d’effets spéciaux, et ce dès le pré-générique. Par l’entremise d’un rajeunissement numérique d’un réalisme époustouflant, nous y découvrons en effet Michael Douglas soudain redevenu quadragénaire. Jamais un tel trucage n’avait été si convaincant. Confiés à une dizaine de compagnies prestigieuses, les effets numériques permettent ensuite de visualiser les multiples effets de miniaturisation de Scott, souvent filmés en plan-séquence, ou encore les armadas de fourmis l’accompagnant dans ses missions. Certes, l’affrontement final d’Ant-Man avec un adversaire ressemblant à un double monstrueux de lui-même (en l’occurrence «l’homme-guêpe» Yellow Jacket) obéit à un lieu commun que nous trouvions déjà notamment dans les climax d’Iron Man et L’Incroyable Hulk. Mais une fois de plus, Peyton Reed – manifestement sous l’influence d’Edgar Wright – désamorce la séquence par un humour omniprésent, la situant au beau milieu d’un train électrique lancé à vive allure digne d’une aventure de Wallace et Gromit. Garni de morceaux d’anthologie et d’idées de mise en scène réjouissantes (en particulier les flash-back racontés en play-back par l’irrésistible Michael Peña), Ant-Man est un spectacle délectable à l’issue duquel l’univers de Scott Lang finit par croiser celui des Avengers, prélude à un Captain America : Civil War que nous attendons de pied ferme.

Gilles PENSO