PAUL GILLON – DISPARITION D’UN GRAND DE LA BD (voir ci-dessous)

lundi 23 mai 2011

 

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Paul Gillon, disparu le 21 mai dernier alors qu’il venait de fêter ses 85 bougies, est célèbre pour avoir créé, en compagnie de Jean-Claude Forest, la série Les Naufragés du temps. D’abord publiée dans l’éphémère magazine Chouchou (1964/65), la série émigre un temps dans France-Soir (1974), puis dans Métal Hurlant. Les albums suivront, dix au […]

Paul Gillon, disparu le 21 mai dernier alors qu’il venait de fêter ses 85 bougies, est célèbre pour avoir créé, en compagnie de Jean-Claude Forest, la série Les Naufragés du temps. D’abord publiée dans l’éphémère magazine Chouchou (1964/65), la série émigre un temps dans France-Soir (1974), puis dans Métal Hurlant. Les albums suivront, dix au total jusqu’en 1989, Gillon poursuivant seul le travail à partir du cinquième tome, à cause d’un différent de point de vue avec Forest. Cette histoire d’un Terrien, Christopher Cavallieri, plongé en hibernation à notre époque en compagnie de sa femme Valérie et se réveillant mille ans plus tard dans un système solaire entièrement colonisé mais en butte aux attaques des Trasses, sortes de rats intelligents, est un summum du space-opera épique doté d’une imagination égale à celles des meilleurs auteurs anglo-saxons du genre. D’emblée, Les Naufragés du temps s’impose, et le restera, comme une des trois meilleures bandes SF française, à l’égal des Pionniers de l’Espérance et de Valerian. Ce qui caractérise Gillon, c’est son trait, de facture classique pour ce qui est de la mise en cases, mais d’une virtuosité inouïe quant à la composition de ses plans et d’une inventivité fabuleuse pour ce qui est de créer engins futuriste et multiples espèces extra-terrestres. Pour ce qui est de la seule SF, il n’en restera pas là puisqu’on lui doit aussi les 4 volumes (85/95) de La Survivante, mésaventures de la dernière femme après l’Apocalypse, protégée par un robot nommé Ulysse et qui n’en mettra pas moins au monde le premier bébé du renouveau. Ici, une autre tendance forte de Gillon se donne libre court, un érotisme sans frontière où l’on peut noter l’influence de son ex-complice Forest, et qu’on verra aussi à l’œuvre dans l’Iconoclaste Jeanne la Pucelle. Le Contrat (2001), sur le trafic d’organes, et nombre d’histoires courtes réunies dans deux autres albums, Les Mécanoïdes associés et Processus de survie achèvent son trajectoire SF. Mais l’œuvre de Gillon, né le 11 mai 1926 à Paris, et qui a débuté dans le métier à l’âge de 14 ans comme illustrateur pour divers journaux, le théâtre, le cinéma, le music-hall où il fut caricaturiste et affichiste, ne se limite pas à la SF. On l’a vu à ses débuts dans l’aventure (Lynx blanc, sa première bande en 1947, Jérémie), dans le “Family strip”(13, rue de l’Espoir, publié en feuilleton dans France Soir de 1959 à 1972 !), et plus récemment le polar politique (Les Léviathans, puis L’Ordre de Cicéron). C’est alors qu’il travaillait au quatrième tome de ce récit, scénarisé par Richard Malka, que Paul Gillon, infatigable travailleur, a dû s’interrompre brutalement, et bien contre son gré. Avec lui la BD francophone perd un très grand.