« STAR WARS », UNE ÉTOILE ALLUMÉE À LA LUEUR DES ÉPOQUES QUI FAçONNÈRENT SON MYTHE…(lire ci-dessous)

lundi 5 novembre 2007

 

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« STAR WARS », UNE ÉTOILE ALLUMÉE À LA LUEUR DES ÉPOQUES QUI FAçONNÈRENT SON MYTHE… Durant trois décennies, la saga aura autant influencé le cinéma moderne qu`elle aura éveillé le public contemporain, pour lequel sa force n`aura pas été un vain mot… Au carrefour de nouveaux mondes Trente plus tôt, aux Etats-Unis, la middle-class […]

« STAR WARS », UNE ÉTOILE ALLUMÉE À LA LUEUR DES ÉPOQUES QUI FAçONNÈRENT SON MYTHE…

Durant trois décennies, la saga aura autant influencé le cinéma moderne qu`elle aura éveillé le public contemporain, pour lequel sa force n`aura pas été un vain mot…

Au carrefour de nouveaux mondes

Trente plus tôt, aux Etats-Unis, la middle-class vit l’instant présent au cœur d’une inflation galopante où le prix du pétrole est sans cesse à la hausse. Alors que résonnent encore les échos du Watergate, la contestation morale est omniprésente et les revendications sociales incessantes. La guerre du Vietnam achevée, l’Amérique divisée n’a plus qu’une vision cynique de ses héros. Les films des années 70 sont particulièrement noirs et désabusés, diffusant une vision amère et déprimante de la société pour refléter ses désillusions socio-politiques : les cow-boys intemporels des westerns d’antan ont été remplacés par des anti-héros qui n`ont cesse de braver l’ordre social, dans un cinéma américain qui n’offre plus qu’une projection pessimiste de l’American Way of Life.
Durant cette période, les grands producteurs qui avaient financé le cinéma classique s`engageaient sur la voie de la retraite. “Ils vendaient leurs studios à de grands groupes financiers, à des gens qui n’avaient aucune idée de ce qu’était le cinéma, et se retrouvaient à la tête de firmes prestigieuses studios sans rien connaître hormis le marketing et les analyses démographiques » se souvient George Lucas. Témoignant d’une fraîcheur dynamisante et d’une indépendance étonnante avec des metteurs en scènes au sang neuf tels Steven Spielberg, John Carpenter, Brian De Palma, Martin Scorsese, Francis Coppola, un nouveau cinéma va naître. Parvenant à imposer leur style et leurs idées, ces réalisateurs surgissent au moment-même où la civilisation américaine les attend avidement. Tous les genres seront ainsi renouvelés durant une décennie exceptionnellement riche où un vent contestataire et novateur souffle sur Hollywood.
En 1977, avec Star Wars, Lucas fait oublier les traumatismes du Vietnam à ses compatriotes et émerveille le reste de la planète, qu`il fait rêver en l’entraînant dans un univers où les jeunes retrouvent d`emblée la puissante transfiguration des mythologies scandinaves inhérentes à l`anglais J.R.R. Tolkien. Dans le sillage de l`évènementielle sortie en librairies des années auparavant du monumental “Seigneur des Anneaux”, Lucas construit habilement Star Wars, lui imprimant de très étroites connotations avec la prestigieuse trilogie de Tolkien : la lutte éternelle entre le Bien et le Mal, les vieux mentors, l’utilisation de la magie, les ethnies merveilleuses et leurs langages exotiques.
Au terme des seventies, les choses ne semblent vraiment pas prévisibles. Woodstock a fait des émules, Jim Morrison est incontournable, tout le monde se veut hippie et la jeunesse américaine plonge dans une vision surannée de la vie. La Californie en particulier baigne alors dans l’anti-conformisme qui rejaillit sur grand écran : tous les arts et le cinéma en particulier sont marqués par une griffe dont l’esprit pop-art est immédiatement identifiable comme aucun autre. L’absolue quintessence de l’esprit et de la mode de ces années constituera d’ailleurs le cœur du sujet d’American Graffiti – La suite réalisé par Bill Norton en 1979 et dont Lucas sera le producteur. En y retrouvant les personnages du film original, on comprend aujourd’hui avec quelle virtuosité le futur réalisateur de La Revanche des Sith avait réussi dès 1976, à imposer des styles et des looks intemporels lors du tournage de Star Wars, ses prospectives futuristes s`échappant avec virtuosité du kitch de l’époque. Certes en 2005, afin de réaliser la jonction visuelle avec Un Nouvel Espoir, Anakin Skywalker et consort ont été affublés de coupes de cheveux passablement oldies, mais c’est finalement un moindre mal au regard de la pureté visuelle du Star Wars de 1977 : une version qui nous avait épargné à l’époque les incontournables pattes d’éléphant et les robes à pois que bien d’autres bandes de science-fiction n’avaient pas su contourner. Au cœur des seventies, les cinéastes américains voyaient en effet l’avenir comme une perpétuation du mauvais goût kitch tel qu’il apparaissait dans Rollerball, MondWest et à la télévision dans « Cosmos 1999″… Dès 1975 donc, les choix artistiques de Lucas ont tranché dans le vif de cette surabondance référentielle pour faire émerger la fraîcheur d’un univers d’autant plus exotique qu’il n’était guère dans la mouvance des canons du moment. Une savante perspective qui, trois décennies plus tard, lui permettra d’engendrer la préquelle de sa saga en parfaite concordance visuelle.

Lucas au pouvoir, son empire contre-attaque

La Guerre des Etoiles ayant effectué la déferlante culturelle que l’on connaît, Lucas à 33 ans seulement, perçoit l’impressionnante ampleur du pouvoir qu’il vient d’acquérir. À l`époque de L`Empire contre-attaque, trois ans se sont écoulés depuis la révolution visuelle engendrée par Star Wars. C’est la première fois que les cinéphiles attendent la suite des aventures de Luke Skywalker. Tout le monde a encore en mémoire la vision d’un Darth Vader dont on croit le destin scellé au terme d’un roulé-boulé spatial pendant la triomphale attaque de l’Etoile de la mort. Un Vader pour lequel d’ailleurs le public de 1977 n’a encore aucune compassion : n’avait-il pas tué le père de Luke Skywalker ?
Lucas demande très vite à Leigh Brackett de travailler sur le script de L’Empire contre-attaque. Sa disparition prématurée ne sera pas sans conséquences sur l’avenir de la saga, car elle va permettre à son géniteur de rencontrer grâce à Steven Spielberg, un jeune et brillant scénariste nommé Lawrence Kasdan. En lui proposant d’achever l’écriture de L’Empire contre-attaque, George Lucas a déjà compris que Kasdan saura exclure d’instinct les éléments essentiels de sa future épopée. Il ignore que ce dernier sera le véritable créateur de sa construction moderne, mais sa clairvoyance se révèlera essentielle, puisque c’est Kasdan qui va proposer à Lucas que Vader et Anakin Skywalker ne soient qu’un seul et même individu. En 1980, au terme de l’Episode V, cette idée géniale offrira une révélation particulièrement édifiante aux fans de Star Wars, mais grâce à cela, Kasdan permet à L’Empire contre-attaque de devenir la clé de voûte de la seconde trilogie en augurant de prometteuses surprises à venir. Le public se doute désormais des conséquences de cette révélation pour l’avenir de l’univers galactique de George Lucas. Avec la complicité d’Irvin Kershner, Lucas vient de poser une pierre majeure dans son édifice cinématographique. Vingt-cinq ans plus tard, la surprise de ce lien filial totalement imprévisible donne toujours lieu à de nouvelles aventures qui seront enfin expliquées avec La Revanche des Sith.
L`année 1983 affermit le pouvoir de Lucas et son influence auprès du public : le succès des deux premiers épisodes de la trilogie classique a déjà fait du label Star Wars, une référence mondiale dont la seule évocation est synonyme de grand spectacle et de dollars. C’est justement cette année-là que le Président Reagan annonce publiquement le démarrage d`un nouveau programme d`armement intitulé “Strategic Defense Initiative”, afin de protéger le pays contre une éventuelle attaque nucléaire. Ce programme serait bien perçu par les Américains s’il n’allait prendre officiellement le nom de “Guerre des étoiles”. Les attentats font rage à Beyrouth, Lech Walesa reçoit le prix Nobel de la paix et la sonde américaine Pioneer 10 quitte le système solaire. C’est dans ce contexte que Le Retour du Jedi sort en salles où il rencontre un succès très attendu, fort de sa qualité d’épisode final de la trilogie classique et de ses effets spéciaux époustouflants.
Ce titre marque en beauté la fin d’une époque dans la carrière cinématographique de Lucas, et une transition majeure dans sa vie personnelle ponctuée d`un divorce. Cet Épisode VI achevé et la trilogie classique close, les effets spéciaux optiques traditionnels ont atteint le maximum de leurs possibilités dans l’attente de nouvelles technologies inédites. Vient pour Lucas le temps des remises en question et des réflexions qui l`occuperont une décennie avant qu`il n`offre un nouveau souffle à sa saga. Avec Le Retour du Jedi, ILM a atteint le summum des effets spéciaux classiques, livrant des plans optiques d’une complexité alors inégalable. Les meilleures Trucas [tireuses optiques de très grande précision] développées en interne à San Rafael sont allées à leur maximum : entre les multitudes de couches de films en Vistavision 65mm et les caches nécessaires pour intégrer les nombreux objets, décors et personnages nécessaires à certains plans, les collaborateurs de Lucas ont atteint un stade techniquement éreintant, laborieux et extrêmement coûteux. Désormais, impossible de mieux faire sans inventer de nouveaux outils virtuels qui permettront le rendu espéré. Lucas constate amèrement que l’avenir de sa saga ne pourra exister autrement qu’à l’aide de ces nouveaux outils au grand dam des fans et malgré la promesse faite de douze épisodes passés neuf, l’avenir cinématographique de la franchise Star Wars est fermement suspendu sine die.

Les prodiges d`ILM

Très vite pourtant, dans le secret de Skywalker Ranch à San Rafael et de sa filiale informatique Pixar, Lucas finance le développement de ces nouveaux outils numériques. Mais échaudé par la lenteur de telles introspections dispendieuses et par le semi-échec de Twice Upon a Time, il vend Pixar à Steve Jobs, co-fondateur d’Apple. Pourtant, si la saga Star Wars est en stand-by, nul ne peut ignorer le formidable travail de développement qui s`effectue dans les locaux d’ILM. Même si Lucas ne veut plus financer personnellement les travaux de recherche pure qui s’y déroulent, ses équipes les poursuivent néanmoins sur les fonds de commandes externes pour le cinéma. Ainsi dès 1987, ILM réussit des tests en infographie : il en résultera la magnifique séquence avec les visages composés d’eau de Mary Elizabeth Mastrantonio et d’Ed Harris dans The Abyss qui sortira au mois d’août 1989. Dans la mouvance de ce succès et toujours à la demande de James Cameron, ILM fournit de nouveaux effets numériques inédits pour Terminator 2 – Judgment Day qui sortira en juillet 1991. Les technologies numériques gagnent en rapidité et en coût jusqu’à ce qu`en 1993, la fabuleuse vraisemblance de Jurassic Park vienne définitivement conforter Lucas : désormais, tout est possible…
Avec l’insertion croissante des visuels toujours plus incroyables qu`offre la technologie du digital, le 7e Art connaît alors une véritable révolution dont on ne saisira la portée que bien plus tard. Mais dix ans après la sortie du Retour du Jedi, l’homme qui avait été à l’origine de toutes les évolutions techniques des SFX numériques sur les films des années 90, va finalement accepter de retravailler discrètement sur les aventures de la famille Skywalker. Désormais capable de donner vie au métallique “T-1000” de James Cameron et aux impressionnants T-Rex de son ami et collaborateur Spielberg, Lucas décide d`engager les Episodes IV, V et VI de sa saga dans la révolution digitale en cours. Durant trois années, les films sont digitalisés, restaurés et agrémentés de nouveaux effets visuels et sonores. Le 12 mars 1997, une trilogie flambant neuve ressort aux USA et fait un triomphe dans le monde, Star Wars devenant à cette occasion la ressortie la plus rentable de l`Histoire du Cinéma avec 138 nouveaux millions de dollars de recettes. Mais bien au-delà de cette dimension lucrative, la stratégie de Lucasfilm a permis de toucher une nouvelle génération de spectateurs qui n’avait jamais eu l’occasion de voir la trilogie classique au cinéma. George Lucas profite de l’occasion pour annoncer sa décision d’engager la production des nouveaux épisodes de sa saga : des films qui seront très largement modelés par la technologie numérique afin de bénéficier de toute la richesse visuelle qu’il souhaite leur donner. En réalité, il prépare déjà depuis plusieurs mois sa nouvelle trilogie puisqu’en juillet 1997, les premières prises de vues de La Menace Fantôme sont tournées avec Liam Neeson dans le désert tunisien…
Quelques mois plus tard, un autre événement vient ébranler Lucasfilm lorsque Titanic est distribué le 19 décembre 1997 : décrochant les multiples récompenses que l’on sait, ce film aura rapporté à ce jour plus d’un milliard et 835 millions de dollars de recettes au cours de son exploitation mondiale. On pressent très vite qu’un mythe va s’écrouler : celui du plus grand nombre de recettes en salles qui était jusque-là détenu par la saga de Luke Skywalker. Le score cumulé des ressorties successives de Star Wars n`avait jusqu’alors été dépassé que par Jurassic Park depuis son exploitation en 1993. Confortablement installé sur le piédestal du box-office, Lucas semblait indétrônable excepté en la présence du T-Rex de Jurassic Park. Mais au printemps 1998, le blockbuster flottant de James Cameron atteint son milliard de dollars de recettes mondiales. Le succès de Titanic est total, tant au plan artistique que financier. En 1997 avec la ressortie de L’Edition Spéciale, les adeptes de la saga avaient imaginé que rien ne pourrait ébranler ses scores avant longtemps. D`autant que si les recettes de Jurassic Park étaient indissociables du talent de Spielberg, elles l`étaient tout autant des effets spéciaux révolutionnaires réalisés par… ILM ! Démontrant que Lucasfilm n’a plus le monopole de la rentabilité cinématographique, Titanic prouve surtout que le phénoménal succès d’un blockbuster peut désormais reposer sur le pont flottant d`un paquebot numérique.

Une révolution technologique qui change la donne

Lucas a peut-être trop attendu avant de ramener la franchise Star Wars aux frontons des écrans : les triomphes de Jurassic Park et de Titanic ont en effet sérieusement ébranlé les SFX de la trilogie classique. D’autant que le 31 mars 1999, Matrix déferle à son tour sur le monde : avec cette production Warner, le cinéma entre définitivement dans le nouveau millénaire. Les adolescents rompus aux jeux vidéo se reconnaissent de façon identitaire dans ce film cyber et décapant par son script autant que par ses effets spéciaux stylisés. La production cinématographique SF et fantastique vient subitement se subir un énorme coup de semonce, le new-age Matrix fait plus qu’enterrer les canons traditionnels : il instaure un style novateur et répond aux attentes d’un public devenu beaucoup plus exigeant. En effet, si les spectateurs sont toujours prêts à débourser leurs deniers pour investir les salles obscures, leurs attentes se sont décuplées : ils veulent y découvrir un spectacle et des sensations propices aux montées d’adrénaline, au même titre que les jeux vidéo auxquels ils sont rompus…
En cette fin de millénaire, la technologie du Retour du Jedi semble préhistorique au regard de ce que le numérique promet. Une nouvelle génération de cinéphiles fait le bonheur du marché mondial des jeux vidéo. C’est le règne du dogme de “l’enfant-roi” dont les psychanalystes modernes s’amusent. Mais ces néo-teenagers à fort pouvoir d’achat n’ont jamais connu l’impact de la trilogie classique au cinéma et se nourrissent chaque jour des images renversantes dont on les inonde. Quant à la génération qui trois décennies plus tôt avait vécu le choc des Épisodes IV, V et VI sur grand écran, elle a vieilli et s’est aussi habituée aux évolutions technologiques. Ces deux publics ont découvert simultanément de nouveaux talents et des films étonnants jusqu’au surprenant Matrix des frères Wachowski. Durant toute la préparation de La Menace Fantôme, face à son propre vieillissement, la génération “senior” espère renouer avec l’émerveillement qui l’avait saisie en 1977. Mais Lucas qui a attendu depuis 1983 pour reprendre l’aventure Star Wars, se retrouve au cœur d’un terrible dilemme artistique : doit-il surenchérir sur ces nouvelles évolutions technologiques dont il fut l`un des éminents instigateurs ou proposer un film respectant l’esprit d’une saga dont la magie relève plus de la fraîcheur apportée en 1977, que de la qualité de ses effets spéciaux d’alors aujourd`hui obsolètes ?
Le 25 mai 1999, deux mois seulement après la déferlante Matrix, La Menace Fantôme gronde dans les salles américaines. Si le film va rapporter beaucoup d’argent, il répond si peu parfaitement aux attentes des fans qu`il va déclencher leur ire. Les critiques ont bien compris que Lucas avait tenté de piéger un nouveau public dans ses filets : les teenagers contemporains élevés à la Playstation étant moins sensibles à la première trilogie, il a tenté de les initier à sa saga en leur offrant une collection de nouveaux personnages inédits via les outils numériques d’ILM. Répétant la maladresse du gag des Ewoks apparus en 1983 dans Le Retour du Jedi, Lucas commet ici son faux-pas artistique avec Jar-Jar Binks : une erreur qu’il corrigera très vite en le faisant presque totalement disparaître de l’intrigue de la future Attaque des Clones.
Mais la leçon est sévère : non seulement le jeune public moderne n’apprécie pas ce personnage quasi-numérique, mais les fans de 1977 hurlent au scandale en rejetant un Jar-Jar qui capitalise à lui seul, toute leur foudre. Ils n’y reconnaissent absolument pas la patine de la trilogie classique et ne comprennent pas le personnage grotesque. Avec Jar-Jar, on est en effet à des années-lumière de la Cantina de Mos Eisley. Aussi, malgré ses 920 millions de dollars de recettes dans le monde, La Menace Fantôme rapporte à peine la moitié du score de Titanic. Bien plus, il se fait d’abord dépasser par le phénomène Harry Potter : premier opus, consacré à La Pierre Philosophale et sorti en novembre 2001, totalisant dans le monde près d’un milliard de dollars. Le mois suivant, c’est Le Seigneur des Anneaux et sa Communauté de l’Anneau qui vont le talonner au box-office avec plus de 860 millions de recettes internationales. Magnifiquement mis en scène par Peter Jackson, ce premier épisode de la trilogie de Tolkien rencontrer un succès légitime exploitant sans complexe, cette chevalerie qu`avait magnifiée la trilogie classique et n`est plus qu`une ombre dans La Menace Fantôme.
L’Attaque des Clones va retrouver l`esprit instigateur de la trilogie classique et ses thèmes majeurs que sont l`héroïsme, l`honneur et l’amour interdit. Mais le contexte cinématographique dans lequel sort cet épisode n’est plus celui des années 80 : le public a évolué, il s’est habitué à un déchaînement quasi-quotidien d’images boostées. Lucasfilm parachève le montage de ce nouvel opus dans un monde qui redoute les conséquences de l’invasion américaine en Irak. Les cinéphiles espèrent au moins retrouver la puissance fédératrice des épisodes IV et V.
Avec L`Attaque des Clones, c`est le retour au manichéisme chevaleresque et au grand spectacle, à l’amour contrarié dans des décors somptueux, un rythme soutenu et des effets spéciaux au cachet indéniable pour faire oublier les reproches alimentés par La Menace Fantôme. Présentant cette fois une intrigue plus profonde venant enrichir la dimension politique de sa saga et développant plus radicalement les luttes de pouvoir et les conflits d`intérêt qui déchirent la galaxie, le film n’est pas sans évoquer L’Empire Contre-Attaque. Peut-être aussi parce que l’on retrouve alors des références croissantes à l’univers visuel de la trilogie classique. Rompant avec les méthodes classiques de travail, Lucas se sert plus que jamais de ses talents pour offrir la convergence la plus fluide aux narrations d’aventures parallèles.

Lucas aura-t-il sa revanche ?

Subissant la brillante concurrence de Peter Jackson sur le terrain qui a précisément fait sa réputation, Lucas doit également conjurer un difficile contexte pour préparer le très attendu Episode III qui marquera enfin la genèse de Darth Vader sur grand écran : deux années après le 11 septembre, la guerre en Irak est passée par là. L`ultime épisode, qui fera la jonction entre les deux trilogies, doit s’imposer. On attend du presque sexagénaire Lucas de prouver que sa fortune et son âge n’ont pas perverti le génial panache qui l`animait trois décennies plus tôt.
Préoccupé par l’actuel souffle néo-conservateur qui tétanise les Etats-Unis, George Lucas tourne sans cesse de nouvelles prises de vues par crainte que le joug de la Parental Guidance ne vienne restreindre les recettes espérées de Revenge of the Sith. Et si son œuvre s`étoffe en permanence d`un visuel enrichie par les prouesses numériques contemporaines, elle peut tout autant subir la censure de son géniteur pour se plier à d’étonnantes convenances marketing. En 2004 et au cœur de la postproduction active de Revenge of the Sith, c’est ce que Lucasfilm a démontré pour la sortie de la trilogie classique en dvd. Si les effets spéciaux qui avaient été intégrés en 1997 dans les illustres épisodes de L’Edition Spéciale ont été à nouveau enrichis, une discrète autocensure est venue s’immiscer dans ce pressage vidéo. Ce n’est pas tant le nouveau montage de ces dvd qui est préoccupant : même pour les fans de 1977, il est somme toute quasiment invisible. En revanche, l`inquiétude réside dans la naissance même de cette autocensure réactionnaire chez Lucas : une censure inutile, surannée, restreignant mièvreusement l’impact de la trilogie classique pour la conformer à ce que Lucas croit requis par les mœurs contemporaines. Avec son Retour du Roi, le vaillant Peter Jackson est très loin d’avoir fait preuve d`une telle frilosité et le public a manifestement apprécié…
Lucas occupe désormais la position de challenger. C’est en tout cas ce que le dernier triomphe mondial du réalisateur néo-zélandais vient de démontrer avec son milliard et 130 millions de dollars de recettes depuis la sortie du Retour du Roi en décembre 2003. Avec les trois films tirés de l’œuvre de Tolkien, Peter Jackson a quasiment rapporté à ce jour trois milliards de dollars de recettes alors que La Menace Fantôme et L’Attaque des Clones n’en ont a peine généré que la moitié. Bien plus et en trois ans seulement, Jackson a mis en scène une trilogie qui lui a permis d’attirer dans les salles plus de 80% de la totalité des spectateurs qui ont vu au cinéma à ce jour, toutes les sorties et ressorties de l’ensemble des films de la saga Star Wars depuis 1977 ! Cette comparaison entre Peter Jackson et George Lucas n’est pas anodine : elle se fait précisément par rapport à l’adaptation cinématographique d’une œuvre – Le Seigneur des Anneaux – à partir de laquelle les bases de l’univers de Star Wars ont été élaborées – ce qu`admet volontiers son auteur. Les deux hommes ont respectivement connu un succès foudroyant à des âges comparables, ils témoignent aussi d’une indépendance naturelle similaire. Tous deux ont donné au cinéma moderne des trilogies fédératrices reposant sur des thèmes intemporels et universels. Mais alors que la jeunesse et l`enthousiasme de Jackson s`étoffent du panache qui voici trois décennie animait Lucas, ce dernier n’a pas encore pleinement retrouvé son légendaire brio cinématographique malgré les récents succès des épisodes I et II. La Revanche des Sith sera donc l’ultime occasion pour Lucas de nous démontrer que la Force qu`il insuffla à des millions de fans, est toujours en lui. Et comme ces générations de cinéphiles l’ont massivement témoigné à Peter Jackson, il ne fait aucun doute qu`elles lui en seront tout autant reconnaissantes…

Jérôme Beylot