LA POUPÉE SANGLANTE : Un bel enchantement musical d’après Gaston Leroux, actuellement au Théâtre de la Huchette à Paris.

LA POUPÉE SANGLANTE : Un bel enchantement musical d’après Gaston Leroux, actuellement au Théâtre de la Huchette à Paris. Si l`évènement fantastique de la rentrée parisienne sera à n`en pas douter l`adaptation en français à Mogador du «Fantôme de l`Opéra», la sublime comédie musicale d`Andrew Lloyd Weber, cet été fut également placé sous l`égide de Gaston Leroux via sa «Poupée Sanglante» transposée en comédie musicale sur la petite scène fameuse du théâtre de La Huchette, un grand roman publié en 1923 dont Robert Scipion et Marcel Cravenne tirèrent un remarquable feuilleton télé en 1976 avec Jean-Paul Zenhacker et Yolande Folliot dans les principaux rôles. Mêlant récit fantastique à la Frankenstein (le fiancé et le père de l`héroïne, prénommée Christine comme celle du Fantôme du reste, fabriquant dans le plus grand secret une sorte d`automate beau comme un dieu mais dépourvu d`âme), allusions à l`affaire Landru comme à la Belle et la Bête à travers l`intrigante personnalité du laid relieur Bénédict Masson amoureux transi soupçonné d`être un tueur en série, mystères orientalistes et soupçons de vampirisme, cette oeuvre de fin de carrière combinait tous les ingrédients propices à frapper l`imagination du lecteur des années folles. Teintée d`un charme tendrement suranné, la suite de tableaux édifiants qu`en tirent Eric Chantelauze et Didier Bailly permet à un épatant trio de comédiens (accompagnés au piano par Didier Bailly) de s`en donner à coeur joie durant une heure et demi en composant à eux seuls tous les personnages du récit. Usant d`un simple accessoire (foulard, casquette ou éventail) pour leur prêter vie, cette petite troupe mieux que rôdée à l`art lyrique enchante par son entrain, sa capacité à passer de l`émotion à un humour rimé en phase avec l`époque comme par sa faculté à nous plonger d`emblée dans cette double histoire d`amour impossible aux confins de l`horreur et du transgressif. Entre Edouard Thiébaut parfait dans les rôles de Bénédict Masson et du père de Christine et Alexandre Jérôme excellent dans celui du fiancé et de l`intrigant marquis de Coulteray quand il ne va pas jusqu`à figurer l`effroi de l`étique marquise son épouse, Charlotte Ruby nous ravit en égérie fragile et piquante à souhait, faisant montre d`une jolie gouaille en campant l`une des servantes de Benedict. Malgré l`absence de décors figurés par des tentures, jouant précisément de la pénombre pour mieux embarquer le public dans une suite de mystères extraordinaires dont Leroux détenait si bien le secret, sur la base de couplets et d`accords particulièrement savoureux, le spectacle emporte l`adhésion en offrant à voir comme à entendre une relecture du roman qui loin d`en trahir l`esprit le ressuscite à quelques rues à peine du coeur de l`intrigue, l`action se déroulant pour partie dans l`Ile St Louis toute proche. Bref, une vraie belle réussite. Sébastien Socias http://www.theatre-huchette.com/la-poupee-sanglante/ ...