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dimanche 7 août 2011

 

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FACES IN THE CROWD La femme aux mille visages Thriller psychologique fascinant, Faces in the Crowd vous plonge dans un monde où l’autre est un éternel inconnu. Entretien le réalisateur JULIEN MAGNAT D’un monde à l’autre Huit ans après Bloody Mallory, Julien Magnat retrouve le grand écran à l’occasion d’un second film dont il signe […]

FACES IN THE CROWD

La femme aux mille visages

Thriller psychologique fascinant, Faces in the Crowd vous plonge dans un monde où l’autre est un éternel inconnu.

Entretien
le réalisateur
JULIEN MAGNAT
D’un monde à l’autre

Huit ans après Bloody Mallory, Julien Magnat retrouve le grand écran à l’occasion d’un second film dont il signe aussi le scénario.

Après avoir débuté comme journaliste spécialisé dans le cinéma, vous êtes désormais de l’autre côté de la barrière : comment vivez-vous la chose ?
J’ai commencé par le théâtre et le court-métrage. Donc je suis arrivé dans la presse un peu par hasard et par passion. J’aime le cinéma, et ce que j’apprécie dans L’Écran Fantastique, auquel j’ai collaboré, c’est qu’il s’agit d’un magazine qui défend le film de genre, en confiant par exemple les articles aux journalistes qui ont le plus apprécié les films vus en projection de presse. C’est une démarche très intéressante qui n’a rien d’habituel. Pour ma part, je ne me suis jamais vu comme un critique, et c’est ce que j’ai retrouvé dans cette rédaction. C’est d’abord des gens qui sont des amoureux du cinéma, et pas simplement animés par l’envie d’enfoncer les films qu’ils voient. Personnellement, même quand je n’aime pas un film, je pense qu’il y a toujours quelque chose à sauver.

Votre précédent film, Bloody Mallory, essuya des critiques très dures, tant d’une grande partie de la presse que du public : quel a été votre sentiment à l’époque ?
Il y a deux choses différentes : mon travail et celui de l’équipe qui m’entourait. Je conçois parfaitement que quelqu’un puisse dire que j’ai mal fait mon travail. Les gens sont libres de dire ce qu’ils veulent. Mais j’ai trouvé ça moins facile de lire des choses uniformément mauvaises alors qu’il y avait de vrais talents dans le film. Nous avions Valentina Vargas, une très grande actrice incroyable en vampire, ou encore Kenji Kawai à la musique, auteur de la bande originale de Ghost in the Shell entre autres, et qui a produit un travail vraiment magnifique. Il en va de même pour les effets spéciaux et les maquillages qui, bien qu’inégaux, comportaient de très belles choses. Ce qui était difficile, c’était de voir que tout était ramené au même plan. Avec le recul, je ne comprends pas que les gens aient pu croire que je me prenais au sérieux quand il y a dans mon film un corbillard rose et une drag-queen qui pourchasse des vampires. Pour ma part, j’aime beaucoup Bloody Mallory et je l’assume complètement. Je voulais faire un clin d’œil à « Buffy » et « Xena » qui était ma série préférée à l’époque. Le film se tient, il y a des personnages, une histoire, après c’est loin d’être parfait, mais cela reste un excellent souvenir.

Au sortir de Bloody Mallory, vous avez un peu disparu : qu’avez-vous fait durant toutes ces années ?
J’aurais bien répondu que j’avais fondé une famille, mais ce n’est pas le cas ! (rires).
En fait, je n’ai jamais cessé de travailler, mais au cinéma, chaque nouveau projet peut prendre des années et l’on ne sait jamais à l’avance s’il verra le jour ou pas, et c’est le cas pour tous les réalisateurs. De mon côté, j’ai eu beaucoup de chance, car je sortais de la FEMIS avec l’opportunité de faire tout de suite Bloody Mallory, dont j’avais signé le contrat avant même d’avoir mon diplôme. Honnêtement, après Bloody Mallory je n’avais pas envie de réaliser un autre film de genre en français. Ayant vécu l’aventure des B-Movies, j’ai vu ce qui nous empêchait de faire aussi bien que les Américains et les dysfonctionnements qui expliquent que cela ne marche pas chez nous. Quoi qu`il en soit, au sortir de Bloody Mallory, je devais réaliser une adaptation cinématographique de Fantômette qui ne s’est hélas jamais concrétisée. J’ai ensuite écrit trois scénarios de long-métrage : la version longue de mon court-métrage – Les nouvelles aventures de Chastity Blade – qui avait été nominé aux Oscars ; ainsi qu’un thriller d’épouvante intitulé Cruel Space, qui devait se faire aux États-Unis, et enfin Faces in the Crowd. Parallèlement à mes projets cinématographiques, j’ai aussi écrit une soixantaine de scénarios sur diverses séries animées. Je suis de la génération Goldorak et c’est une vraie passion. Vous avez pu voir mon nom au générique de séries comme Iron Man, Skyland ou plus récemment Le Petit Prince en 3D dont j’ai écrit le triple épisode final en rentrant de mes journées de tournage lorsque je réalisais Faces in the Crowd. C’est dire la passion que j’ai pour l’écriture et l’animation en général.

Un visage dans la foule

Huit ans plus tard, vous êtes de retour aux commandes d’un thriller franco-américain, Faces in the Crowd, dont vous êtes à la fois le scénariste et le réalisateur….
J’ai toujours eu l’envie d’explorer d’autres univers, d’autres genres de films. Lorsque je suivais des études de psycho en fac, j’avais entendu parler d’une maladie qui s’appelle la prosopagnosie, ou cécité des visages. C’est un trouble neurologique irréversible qui fait que du jour au lendemain vous ne pouvez plus reconnaître le visage des gens. Même s’il s’agit du visage de l’un de vos proches ou même votre propre reflet dans un miroir. Après Bloody Mallory, j’ai commencé à amasser des documents, des interviews de gens qui avaient cette maladie. C’est un sujet passionnant que d’imaginer des gens se réveillant chaque matin pour découvrir un visage différent dans le miroir, vivant dans un moment peuplé d’étrangers. J’ai trouvé qu’il y avait énormément de possibilités au niveau scénaristique. J’ai commencé par écrire le scénario en français, car j’avais des contacts en France où le film devait se faire avec Julie Gayet et Marc Lavoine. Malheureusement, je n’arrivais pas à avoir le budget nécessaire, qui n’avait rien d’extravagant, mais j’avais un peu souffert sur Bloody Mallory des conditions de tournage. J’ai la chance d’être entièrement bilingue et j’ai donc entièrement réécrit le scénario pour le transposer en Amérique du Nord. Et finalement, c’est sur le marché anglo-saxon que Faces in the Crowd a pu voir le jour.

Le casting de Faces in the Crowd rassemble Milla Jovovich, Sarah Wayne Callies ou encore Julian McMahon : une belle affiche pour un second film.
Le scénario a vraiment plu à tout le monde. Il y a eu un véritable engouement, car c’était une histoire inédite qui n’avait jamais été exploitée au cinéma, avec des personnages qui changent de tête à chaque séquence. La trame suit Milla Jovovich, témoin d’un meurtre sur un pont d’où elle tombe. Lorsqu’elle se réveille à l’hôpital, tous les personnages que nous avons vus précédemment sont joués par des comédiens différents, les voix et les vêtements demeurant identiques. Dès lors, elle se réveille tous les jours dans un monde peuplé d’inconnus étant donné qu’elle a perdu la mémoire des visages. Évidemment, le tueur apprend qu’elle a survécu et veut l’éliminer, même si elle est incapable de le reconnaître en raison de son trouble. À la lecture du scénario, les réactions étaient plutôt enthousiastes, en particulier de la part des comédiens pressentis. C’était d’autant plus étonnant qu’il n’y a pas de rôles très longs. À titre d’exemple, Sarah Wayne Callies est venue quatre jours sur le film, car elle joue la meilleure amie de Milla Jovovich qui, lorsqu’elle se réveille, ne la voit plus avec le même visage. Dès lors, différentes comédiennes se succèdent donc pour interpréter ce personnage, même si le doublage est uniquement assuré par Sarah Wayne Callies. Le casting était plutôt vertigineux : le rôle du petit ami de l’héroïne, interprété tout d’abord par Michael Shanks (le héros de la série « Stargate ») est joué par plus de 15 acteurs différents !

Un nouveau regard

Et quels étaient vos rapports avec tous ces comédiens chevronnés qui faisaient face à un Français réalisant son second film ?
Milla Jovovich et Julian McMahon, qui sont les stars du film, m’ont littéralement émerveillé par leur travail. Milla est une comédienne formidable, injustement connotée « films de genre ». Elle offre ici une composition étonnante, incarnant une fille de tous les jours, vulnérable, allant de la folie au désespoir en passant par l’amour ou la peur. J’espère que le public sera sensible à son travail, car c’est elle qui porte le film. Avec Julian McMahon, ce fut un coup de foudre artistique, car il adorait le scénario. De nombreux producteurs ne lui proposent que des rôles de docteur ou de chirurgien, en raison de son passé sur la série « Nip/Tuck », voire sur les 4 Fantastiques dans lequel il joue le docteur Fatalis. Quand nous avons commencé à parler de son personnage, l’idée était plus de retrouver l’esprit d’un jeune Harrison Ford, époque Blade Runner, ce qui correspond à un cinéma qu’il adore. Il a insufflé une énergie incroyable au personnage, en composant quelque chose d’inattendu pour un policier, avec une sensibilité que l’on devine à travers une carapace un peu rugueuse. Enfin, Sarah Wayne Callies est une femme très intelligente, parlant le français couramment sans le moindre accent, et adorant notre cinéma. D’ailleurs, elle a plusieurs projets en France dans les mois à venir. Et j’ai eu le plaisir de diriger Marianne Faithful qui joue le rôle d’une psychothérapeute un rien extravagante. Pour ma part, j’ai vraiment de la chance qu’ils soient tous dans mon film et d’avoir eu l’opportunité de croiser leur route.

Comment avez-vous vécu cette seconde expérience de réalisateur ?
C’était très différent ! En allant tourner au Canada, je me suis posé la question de savoir d’où venait l’esthétique d’un film ? Qu’est-ce qui fait que l’on différencie immédiatement un film français de son homologue américain ou d’un téléfilm allemand ? Je ne voulais pas que Faces in the Crowd souffre d’un manque de moyens et paraisse monté avec deux bouts de ficelles. Bloody Mallory était un hommage aux séries B, voire Z. Pour pallier notre manque d’argent, nous avons fait le choix d’une approche décalée aux frontières du burlesque. Sur Faces in the Crowd, nous avons un budget d’environ 11 millions de dollars, ce qui offre un confort indéniable. En outre, et contrairement à mon premier film sur lequel je m’étais entouré de beaucoup d’amis, il me fallait ici une équipe plus expérimentée, composée de techniciens confirmés qui pouvaient apporter leur savoir-faire sur le film. Par exemple, j’ai eu la chance de travailler avec Rene Ohashi, un des meilleurs chefs opérateurs du Canada, lauréat d’une douzaine de l’équivalent des Césars canadiens. Quand j’ai vu sa bande démo, car je ne connaissais pas du tout son travail, j’ai découvert un vrai peintre, passionné de clair-obscur, ce qui correspondait parfaitement avec mes ambitions esthétiques sur ce film. Enfin, j’ai été très surpris par le rythme de travail ! J’avais le sentiment d’être dans un camp d’entraînement militaire, tournant 12 heures par jour, tandis que le plateau évoquait une fourmilière. Mais il y a une vraie différence d’approche sur un plan plus technique. En France, quand vous préparez un plan, on vous demande si vous aurez besoin de rails pour déplacer la caméra ou si la scène sera statique. Au Canada, le rail est systématiquement posé, et la caméra mise sur un chariot juste au cas où le réalisateur voudrait changer d’avis pour suivre un comédien ou faire quelque chose d’inattendu. C’est une manière vraiment très intéressante de procéder.

Comment avez-vous géré les effets spéciaux dans Faces in the Crowd ?
J’ai fait le choix de ne pas montrer les visages des gens se transformer à l’écran. Je tenais à ce que cela se fasse hors champ, même si j’ai parfois dérogé à la règle. Typiquement, un personnage quitte la scène un instant et lorsqu’il revient, c’est un nouveau comédien. Je voulais plutôt user d’astuces de mise en scène, me rapprocher un peu de l’esprit que l’on retrouve dans les films d’Hitchcock qui restent des monuments du genre. Aujourd’hui, nous avons un peu l’habitude de voir des films qui sautent dans tous les sens. Or je voulais revenir à quelque chose d’un peu plus classique, sobre et élégant. Ce choix a dicté tous les autres, de la lumière aux costumes, en passant par l’absence de steadicam sur les scènes d’action. Nous avons un petit côté rétro assumé, ce que les gens ne remarqueront peut-être pas d’ailleurs. J’ai hâte de voir comment tout cela sera perçu.

Que représente Faces in the Crowd pour vous aujourd’hui ?
Je suis assez fier de l’avoir écrit en anglais, et de l’avoir réalisé avec des acteurs américains connus. Il faut savoir que Bloody Mallory profite d’une carrière très différente à l’international, il est très apprécié au Japon, il a bien marché aux États-Unis en dvd. Donc, c’était assez encourageant, d’autant que quelques portes c’étaient ouvertes aux USA où j’avais eu des propositions pour réaliser un remake ou la suite d’un film d’horreur. Mais je me pose vraiment la question de savoir quel est l’avenir d’un réalisateur qui donne dans le remake. J’avais un peu peur de me retrouver dans le rôle du metteur en scène jetable. Bien que je sois passionné de cinéma fantastique, vers lequel je compte revenir un jour, je voulais m’aventurer sous d’autres latitudes. Aux États-Unis, le marché du film d’horreur est très porteur. Nonobstant, il n’est pas reconnu par le milieu du cinéma, du moins pas à sa juste valeur. Je suis donc très heureux d’avoir traversé l’Atlantique avec mon histoire et mon univers visuel. Aujourd’hui, je suis très curieux de la manière dont les gens vont recevoir le film. La maladie que j’y aborde n’est pas du tout connue, même si elle est bien réelle et affecte 2 ou 3 % de la population. C’est un sujet inédit au cinéma où tout a déjà été raconté, sachant que le concept de la jeune fille qui est la seule à avoir vu l’assassin est presque un sous-genre en lui-même. J’espère juste y apporter un peu de fraîcheur et de nouveauté, à même de satisfaire un large public.

Propos recueillis par Thomas Debelle

Faces in the Crowd

Pour voir la bande annonce :